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Les Documents Ethniks
et Gays
Kelma l'association de beurs
gays dont tu es responsable, peux-tu m'expliquer sa
mission, son rôle ?
Depuis sa création en janvier 97,
Kelma a pour tâche essentielle d'essayer de rompre l'isolement
des beurs gays et d'ouvrer pour davantage de visibilité,
tout d'abord dans le milieu homo où règne un certain
sectarisme (le coming-out étant impossible au-delà,
en raison de l'attachement important des beurs à leurs
familles et à leur culture d'origine.)
Quelles sont concrètement les
actions menées pour rompre l'isolement des beurs gays
?
Kelma a commencé à mettre en place
des groupes de parole dont le but était de libérer les
angoisses en les verbalisant. Très vite, l'expérience
n'a pas eu l'effet escompté et s'est soldée par un échec.
La réalité sociologique des beurs gays est intimement
liée aux questions sociales, religieuses et culturelles.
Aussi, essayer de libérer la parole peut amener en terrain
miné. Les autres actions, qui reviennent très régulièrement,
ont donc un caractère plus " ludique " : tous les deux
mois, des projections de fictions ou de documentaires
suivies d'un débat avec, quand cela est possible, la
venue d'invitées ; mensuellement, des " Couscous Party
" dans un restaurant parisien. Mais, le fer de lance
de Kelma, c'est les Gay Tea Dance des Soirées BBB (Blacks,
Blancs, Beurs.) Ces soirées permettent réellement une
visibilité de masse et ont un effet bénéfique sur l'estime
de soi : la musique et la mixité jouent un rôle important
dans ce procès de valorisation et d'exacerbation légitime
du narcissisme " ethnique ".
Narcissisme ethnique ?
L'homosexualité est idéalisée
comme étant blanche et virile, ce qui n'est pas sans
susciter un comportement d'exclusion à l'encontre de
ceux qui ne répondent pas à ces critères. Aujourd'hui,
grâce à Kelma et aux soirées, les Beurs sont partout,
y compris dans le Marais.
S'agit-il d'une affirmation
d'appartenance sexuelle et identitaire ?
Il y a une spécificité de l'homosexualité
beur qui est traversée par deux éléments antagonistes,
voir schizophréniques : l'orientation sexuelle est doublée
de la question identitaire.
A ce propos, quelles sont les
implications de Kelma par rapport à l'actualité, le
PACS, l'immigration, les banlieues.l'effet Zidane ?
Kelma est une association récente,
elle n'a pas vocation à faire du militantisme social,
contrairement à d'autres associations aux revendications
plus anciennes et au long passé militant. Trop de souffrances,
de haine de soi pour essayer de réformer en profondeur.
La seule action possible qui répond à la mission première
de l'asso, se situe sur un terrain ludique. Il faut
apaiser, alléger les fardeaux.
L'homosexualité gay beur a t-elle
un visage ?
Le gay beur est en famille, a une
culture religieuse, donc adhère la plupart du temps
à son milieu. Socialement, il semble mieux s'en sortir.
Mais, la difficulté étant telle pour dire son orientation,
sous peine de rompre avec la famille, qu'il est ardu,
voir impossible d'avoir d'avantage d'informations.
Jusqu'à présent, on a parlé
des gays beurs, qu'en est-il des lesbiennes ?
Kelma n'a pas pour objectif de
se positionner sur ce terrain dont la problématique
spécifique dépasse sa mission : les filles doivent se
manifester de leur côté et se faire entendre. Il n'y
a pas aujourd'hui encore cette prise de conscience.
Qu'est-ce qui distingue le combat
des homosexuels en général de celui des beurs gays ?
Les différences ? Les points communs ?
Le militantisme est beaucoup plus
ancré chez les homos hors milieu beur. Les convergences
ont trait à la question identitaire : le combat homo
reste toujours à l'ordre du jour quelle que soit l'origine.
Pourquoi, quand il s'agit d'homosexualité
maghrébine a t-on presque toujours des questions en
arrière plan qui la dépasse ? Je fais allusion aux questions
de société, à l'accueil des étrangers en France.
Il y a un vrai problème de racisme
en France, outre la suspicion à l'encontre de toute
communauté qui, pour ce qui est des beurs gays, est
doublement douloureux.
L'avenir ? La solution pour
que l'homo beur puisse surmonter son isolement et sa
souffrance.
Il n'y a guère d'alternative que
de prendre des distances avec une culture d'origine
au schéma rigide, qui nie l'existence d'orientations
sexuelles différentes. On ne peut pas d'un côté mettre
en avant son homosexualité, ou du moins la vivre et
rester dans un carcan. C'est une question de logique.
Il existe des courants modérés
au sein de la communauté religieuse en France, je pense
au grand Mufti de la mosquée de Marseille. Sa caution
serait-elle nécessaire ?
Oui, d'ailleurs ce pourrait être
intéressant de le questionner sur ce sujet. Mais rechercher
la caution des religieux n'est pas notre priorité compte
tenu de la condamnation sans appel de l'Islam en matière
d'homosexualité.
Pourquoi avoir choisi " Beur
is beautiful " comme devise de l'association ?
Parce que la plastique beur, de
même que les questions de visibilité dans le milieu
homo sont étroitement liées. Voir des beurs dans le
village, c'est déjà un pas vers la mixité. De façon
plus général, c'est des problèmes qui renvoient inéluctablement
à la problématique de la visibilité des minorités dans
les médias notamment. Je suis pour les quotas . Et,
il faut mettre fin au diktat du Butch.
Mohamed Ben Achour pour Yarps
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