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Les Documents Ethniks et Gays

Yousry Nasrallah

Kelma a rencontré la veille de son retour au Caire le cinéaste égyptien Yousry Nasrallah.
La quarantaine, ancien assistant de Youssef Chahine (Adieu Bonaparte, Alexandrie encore et toujours),
réalisateur de deux films très remarqués et audacieux (Vols d’été, Mercédès), il vient de
terminer à Paris son nouveau film avec comme personnage principal Bassem (acteur chez
Chahine), beau jeune homme touchant de simplicité, son compagnon dans la vie.

Son point de vue sur le cinéma et l’homosexualité dans les sociétés arabes


"Dans nos sociétés musulmanes, la règle de base sociale est : fais ce que tu veux mais
n’en parle pas. L’homosexualité est tolérée comme pratique, mais pas comme culture,
comme langage culturel. Le problème des sociétés arabes, et de la société égyptienne en
particulier, est la non acceptation par la société de l’individu. Cela remonte à la période
de l’indépendance. Il y avait un consensus général : on acceptait d’être une majorité, on
voulait construire la nation dans un mouvement d’unicité. La culture du moi était
considérée comme un danger. La défaite face à Israël en 1967 a remis en cause ce
consensus. On prend alors conscience qu’on a évacué ses désirs propres au nom de la
grande cause nationales désirs propres au nom de la d’unité.

Alexandrie pourquoi lors de sa sortie en 1977 a créé un choc car pour la première fois un
homme (Chahine) a osé marquer sa singularité avec le langage du moi. Son message était
: j’appartiens à cette société, ‘en suis témoin et acteur, mais je suis différent.

Dans La ville (le film qu’il vient de terminer) j’aborde la problématique de la
mondialisation comme machine à expulser.

L’expérience de la différence est un bagage humain. Que fait la société de consommation
? Elle nivelle, gomme la différence. Ce phénomène gagne aussi l’Egypte. Quand toutes les
valeurs de la société (religion, famille, morale) s’effondrent, tu te retrouves avec ton
individualité. L’enjeu est ce que tu en fais socialement, est-ce que tu y puises ta force
dans un contexte d’effondrement général. Qu’avons-nous d’autre si ce n’est le besoin
d’aimer, d’être aimé, de séduire. On est tous quelque chose.

La marginalité n’est pas un statut intéressant car tu ne te marginalises pas tout seul. Se
marginaliser, c’est l’acceptation négociée de la répression.

Dans mon film Mercédès, les personnages homos sont hyper beaux, virils, amoureux donc
émotionnels. Ca a beaucoup choqué en Egypte. Là tu ne les marginalises pas.

Lorsqu’il y a un personnage homo dans un film, ça n’est jamais abordé de manière
militante. Au contraire. C’est soit des danseurs, des folles ou des hystériques.

Ce n’est pas parce qu’un film parle d’homosexualité qu’il est louable. Il doit d’abord me
toucher, me faire décoller. J’essaie de décrypter l’amour dans n’importe quelle oeuvre.
Ca c’est universel.

La question est : où est la fiction dans les oeuvres du Sud ? Qui peut la générer quand
tout est basé sur l’acceptation du mensonge ? En Egypte par exemple, la famille et tout
le tralala, tout ça est en train de s’ébranler. La réalité, c’est la course après l’argent
pour vivre, se loger, pour avoir une stratégie amoureuse ou sexuelle dans le secret. ON
vit dans la confusion. Tu négocies ton espace vital dans ce marasme économique, social
et familial. Tout ça ne peut pas se raconter. La dictature, c’est que tu es constamment
immoral alors que tout te pousse à ruser, subvertir pour vivre tout simplement. Comme
un être humain.

 

 

 

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