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Les Documents Ethniks
et Gays
ABDELHAK
SEHRANE : L'AMOUR AU MAROC
Kelma
vous propose la transcription de l'interview d'Abdelhak
Serhane, réalisée par la réalisatrice Yamina Benguigui
pour son documentaine "Le jardin parfumé", produit par
Arte, et qui est en cours de montage.
Abdelhak Sehrane, écrivain marocain, a publié il y a
quelques année un livre choc, "L'amour circoncis", qui
traite de l'amour au Maroc, et qui aborde largement
la question de l'homosexualité. Voici un extrait de
l'entretien d'A.S avec Yamina Benguigui. A.Sehrane :
Dans le Coran il y a énormement de textes qui ont façonné
un imaginaire qui exclut le désir, la sensualité, le
libertinage. Dans " le collier de la colombe " on peut
lire ceci : " l'amour est une maladie fatale, un état
d'extase et de faiblesse dont nous nous languissons.
Celui qui connait ses tortures les cherchent et celui
que la maladie tient ne veut plus en guérir ". Vous
remarquerez que des termes : maladie et faiblesse reviennent,
donc l'amour est identifié à maladie et à faiblesse.
Nous vivons sur un imaginaire de répression du désir
en tout lieu lié au religieux et lié au social aussi.
Aujourd'hui, il ne faut pas oublier que plus de 70 %
de la société marocaine est analphabète et par conséquent,
son seul referent c'est le texte coranique. Un texte
coranique mal appris, mal compris, mal expliqué. Dans
la langue arabe il y a 60 mots pour dire l'amour et
on arrive aujourd'hui avec un mot étriqué qui veut tout
dire et qui ne veut rien dire en même temps Ce " mot
" veut dire je te possède, je te veux... C'est une régression
: on est passe de 60 mots pour dire l'amour à un seul
petit mot pour ne rien dire. Une étude qui remonte a
quelques a été faite auprès de quelque centaines de
campagnards, de jeunes campagnards, et tous même a la
campagne, tous disent en fait que lorsqu'ils veulent
dire Amour a une femme, ils le disent en français, le
verbe aimer se dit en français je t'aime.. nous sommes
aujourd'hui dans une telle contradiction, le désir est
là, les filles veulent aimer, les garçons veulent aimer,
mais on n'arrive pas a trouver en fait en nous l'élan
essentiel pour briser le tabou ancien.... Et donc c'est
a partir de là, que filles et garçons, hommes et femmes
ont commencé a gérer leur sexualité c'est a dire, a
gérer leur sexualité dans les frontières imposées par
la société. Si bien que maintenant, on arrive à la parabole,
au cinéma, aux revues etc, on est entraînés par un flux
mondial, par la mondialisation, par l'universalisation
des idées etc. Mais on oublie quand même que les structures
psychologiques restent bloquées dans un passé qui n'a
pas pu évoluer avec l'apparition des technologies modernes.
et on continue a vivre sous les schémas de nos parents.
le discours le plus rigide, c'est le discours religieux,
et donc on ne peut pas avancer si on ne prend pas de
distance par rapport a la fois aux textes mais aussi
par rapport aux traditions dans le domaine de l'amour
et du désir. Dans l'imaginaire populaire, en général,
on dit que la femme a 99 sensations par rapport à l'homme
qui n'en a qu'une. notre psychologie, notre psyché en
fait sont très faibles dans le vocabulaire de l'amour,
et on a tendance à aller voir des marabouts c'est l'expression
d'une faiblesse, nous sommes des êtres incapables de
maîtriser l'amour. on est dans une crise de confiance...dans
une crise de confiance par rapport a l'autre mais par
rapport a soi Et je crois que c'est cette croyance qui
fait qu' aujourd'hui encore les marchands de gris-gris,
les marchands de sorcellerie continuent a exister partout
a travers le pays seul on est désarmé face a l'amour,
je crois que l'amour est quelque chose de très fort
parce que ça demande tout simplement... l'accord de
l'autre. et les hommes arabes sont malheureux je crois
qu'ils sont malheureux, parce qu'ils pensent en fait
qu'ils ont tout... alors qu'ils n'ont rien en voulant
tout contrôler. HAMMAM le passage u monde des femmes
à celui des hommes se fait de manière brutale c'est
à dire que du jour au lendemain il n'y a aucune préparation
Au hammam, parce qu'une des femmes a constaté qu'on
était circoncis, qu'on était plus regardant, moins discret
etc, et automatiquement on nous chassait de ce paradis
de vapeur et de sensualité pour qu'on s'introduit de
l'autre côté. C'est à dire le hammam des hommes où nous
apprenions à nous tenir comme des hommes, à êtres des
hommes. A dominer l'autre lieu, l'autre espace. on arrive
très difficilement à faire le deuil de cet espace. On
garde toujours cette nostalgie du hammam. On garde toujours
parce que c'est l'image de la mère. Le hammam est lié
forcément à l'image de la mère. au hammam les hommes
sont très pudiques entre eux... ils se mettent pas nus,
ils ont toujours un slip ou un caleçon. je sais pas
d'ou ça vient cette cette pudeur. j'ai le souvenir de
certains viols qui se produisaient au hammam mais le
rapport spontané n'existait plus Je raconte aussi dans
mon livre que le jeunes écoliers se font violer par
le fqih, le maître coranique. Toutes ces violences sont
tacitements admises par la société puisque l'enjeu essentiel
est de protéger l'hymen des filles. L'AMOUR CIRCONCIS
nous vivons dans une société qui ne reconnaît pas à
l'amour, son statut de désir, de liberté et donc l'amour
chez nous est circoncis comme par analogie à la circoncision
du garçon. Je crois que le hammam puisqu'on parlait
du hammam, le hammam porte au plus haut point d'intensité
le désir incestueux. C'est là en fait bon l'inceste
n'est pas consommé mais dans le hammam, le désir est,
porte à son point le plus haut de, pas de consommation,
mais d'expression est c'est pour ça que par la suite
la rupture avec la mère est difficile très difficile.
Le rapport que nous avons à la mère est un rapport très
fort, très physique, très sexuel, entre guillemets,
et c'est ce désir qui refuse de prendre fin, si bien
que lorsqu'on arrive à l'age adulte, on vit toujours
dans le prolongement ce désir de la mère qu'on n'a pas
et on arrive très difficilement à rompre le cordon pour
pour accéder à d'autres relations. Mais ce n'est pas
pour rien que la circoncision arrive à un moment pour
séparer l'enfant du monde féminin. On coupe le cordon,
on coupe le sexe, on coupe le sexe de l'enfant pour
qu'il ne puisse pas aller ailleurs. C'est une symbolique.
On n'a jamais posé le problème sexuel comme étant un
problème réel et effectif, un problème de comportement,
de conduite, de rapport et on a privilégié d'autres
problèmes : économiques, sociaux et autres, alors que
le problème sexuel est un problème central dans la vie
de l'individu et aussi dans la vie de la société et
il englobe en fait tous les autres...toutes les autres
pratiques et tous les autres comportements. quand j'étais
gamin à l'école, j'ai appris des textes merveilleux
sur l'amour, euh, " Les milles et une nuit " , j'ai
découvert sous le lit de mon père, euh " La prairie
parfumé" , j'ai lu avec acharnement. C'est vrai, euh,
on a vu des textes magnifiques, des poesies très érotique...
El Nafzaoui, c'est vraiment le Kama Sutra. Dans " les
milles et une nuit " les hommes sont victimes dès l'ouverture
du livre, et l'on se rend compte qu'en fait, le Roi
est victime des femmes et, soit il part ou s'il se tue,
pour se protéger de la femme ; et d'un autre côté nous
avons toutes ces femmes démondes. les soufis, qui nous
ont légués des textes extraordinaires de lyrisme et
puis après, il y a eu une crise de désir, une crise
d'amour, SEPARATION DES SEXES La séparation de l'espace
( masculin et féminin) ne se fait pas uniquement à l'exterieur,
mais déjà à la maison l'espace est partagé : la cuisine
pour la mère et les filles et les salons pour les garçons
et le père...donc il y a déjà un partage de l'espace
qui se fait très tôt et puis à l'extérieur bien entendu,
aujourd'hui encore, vous pouvez vous promenez dans toutes
les villes du Maroc, les terrasses des cafés sont occupées
que par des hommes...très très rare , où l'on voit une
fille à la terrasse d'un café... Donc, ce partage de
l'espace constitue une séparation de sexe et de ce fait,
nous avons tendance à vivre, à vivre entre nous, les
garçons entre eux...les filles entre elles et cela favorise
forcement un penchant et une attitude homosexuelle,
qu'on le veuille ou non. nous sommes dans une structure
ou les codes jouent, je crois que la séduction ne passe
pas par le verbe, elle passe par le regard La séparation
de l 'espace a constitué une séparation du désir aussi,
le désir entre homme et femme...Le hammam a été pour
nous un espace d'expression à la fois corporel, physique,
mais aussi un lieu d'expression du désir de l'amour
qui peut passer par le viol, par l'agression, par la
violence... Et le fait que la sexualité et le désir
soient tabous dans la société, l'homosexualité a constitué
une échappatoire au désir, c'est à dire que de manière
très sournoise, on a exprimé notre désir, soit dans
l'homosexualité, soit dans la zoophilie...
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