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Les Documents Ethniks et Gays

Jean Noel René Clair

Kelma a rencontré le réalisateur de films gays JNRC. STUDIO BEUR, sa livraison récente est déjà
un best seller vendu à plus de mille exemplaires en moins de trois mois. Nous l’avons interrogé
sur la place des beurs dans la production gay et sur la difficulté de leur représentation à l’image.


"Le tournage de Studio Beur a été très particulier. Il y a longtemps que je voulais faire
un film avec des jeunes maghrébins. Il se trouve que j’avais un nombre de modèles
suffisants pour faire une vidéo, grâce au travail de mes rabatteurs qui ont sillonné les
quartiers Nord de Marseille. J’ai un rapport très particulier avec mes modèles. J’essaie
de les rassurer en ne leur projetant aucun signe de mon homosexualité. Je reste indéfini
sexuellement. Il m’arrive même d’inventer des aventures avec des nanas pour les mettre
en confiance.

En aucun cas je ne leur manifeste mon désir. Il faut instaurer une sorte de rapport viril,
parfois macho, manière de signifier qu’on n’est pas dans un rapport pédé. Il y a un côté
surréaliste à ça, mais je le fais pour servir mon travail.

Je rencontre des voyous, des types sortis de taule, en voie de marginalisation. Ces gars
ont un manque d’affection, ils n’ont pas confiance en eux. Je leur renvoie une image
positive, je les flatte, parfois je m’occupe d’eux. Je leur paie des fringues, des
chaussures... je fais du social.

Marseille est une ville méditerranéenne où je me sens bien. J’ai vécu au Maghreb dans un
climat de chaleur humaine. Ici, les gens n’ont plus de points de repères. Le Marais, ça
m’effraie. Il y a une telle tristesse... Quand je retourne à Marseille, je retrouve mes
zonards, et là, je suis bien.

Dans mon dernier film Garde à vous, j’ai tourné avec un Algérien récemment sorti de
taule. J’ai réussi à lui faire tourner une scène de baise avec un minet blond. J’ai enlevé
cette scène dans les cassettes distribuées à Marseille. Je n’ai gardé que la partie solo
par crainte qu’il n’assume plus cette scène. Je ne suis pas encore tout à fait tranquille
par rapport à ça, je le reconnais. Dans Studio Beur, tous les modèles sont hétéros et ont
des scènes en solo.

J’ai toujours voulu faire tourner des maghrébins. A vrai dire, si je le pouvais, je ne
ferais que ça. C’est eux que j’aime le plus. Mais cela n’est pas simple du tout.

Il y a un rapport à l’image chez eux très complexe. On peut tout faire... hors du regard.
C’est pareil pour les beurs gay. Il y a toujours ce problème qu’on pourrait les reconnaître.
Les beurs hétéros ne veulent pas s’avouer qu’ils se tapent un mec de crainte d’être
considérés comme homos. Les modèles Latinos aux USA n’ont pas le même blocage. La
société américaine de consommation transforme tout en valeur marchande. alors ils font
ça pour le business. Nous n’en sommes pas encore là en France.

Dans ce pays, l’Arabe est encore mal vu. Il ne faut pas se le cacher. Aussi bien chez les
homos que les hétéros. J’aimerais réussir à tourner des scènes de baise avec des beurs.
C’est mon prochain défi. Un cran au-dessus de Studio Beur.

F.Z

 

 

 

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