Les Documents Ethniks et Gays
Hicham ( jeune beur gay )
Par où que vous preniez sa jeune existence (22 ans), jusque dans les retranchements où vous le poussez pour le démasquer, Hicham s'échappe. se livre et se rétracte. Se cherche là-bas tandis que vous l'escomptez ici. Et toujours vous fixe, regard mutin et guilleret. Trépide alors l'innocence d'un Rachid O. - un même "Enfant ébloui" raconte des souvenirs du Maroc.
Le choc pour Hicham en lisant la douleur de Rachid quand le hammam des femmes lui est désormais interdit. "J'ai vécu exactement ça." Mais Hicham est né à Lormont, en banlieue bordelaise. Le Maroc ? Il n'y retourne plus. Ou alors ce sera via le scénario qu'il écrit. Il fera l'inverse de Rachid O. : rejoindra le lieu de ses vacances pour "régler des choses par rapport à l'enfance, par rapport au deuil." Le deuil du père décédé ? Pas sûr. Silence. La famille passait quatre mois de l'année dans ce village marocain et Hicham ses après-midi à l'école coranique. Une épreuve ? Rien de tout cela.
Le Conservatoire cristallise l'adolescence. "J'avais 12 ans et j'ai voulu tout connaître du sida", sujet de la pièce où il débute. Plus tard, il sera acteur. S'épuisera à Paris dans les castings. Réponses négatives : "On veut une racaille." Aucune amertume. "C'était une faveur qu'ils me faisaient." Et de regretter le peu de visibilité des acteurs maghrébins, cantonnées dans ces rôles-là. "On est obligés d'être militant." Aussi prendra-t-il très à cour son rôle de Spice B. en 2000, sorte de "Miss France" des soirées Blacks Blancs Beurs. Ira parler aux "mecs qui débarquent, qui se disent hétéro ou bi, et qui filent avant 1 heure pour ne pas rater le dernier RER." Un peu comme à Lormont. Le bus quittait Bordeaux à 21 h 30, "c'était toute une aventure." Alors le mercredi, il arpentait la rue richarde du centre, nommée Sainte-Catherine, "dans l'espoir de rencontrer un garçon". Ca ne s'est jamais fait. Aucun regret.
Pour cela, il faut prendre d'assaut la capitale, à 18 ans, "se découvrir pédé, essuyer des échecs". Le Marais promet. "Je m'y suis plongé à bras ouverts, j'étais en plein dans le créneau." Le beur gay, "Cet arabe qui t'excite", un roman de Djalill Djellad que Hicham n'a pas lu. C'est un "fantasme qu'il faut tuer". Tout comme il déplore les beurs gays "anti-arabes". Il se dit "culturellement français, identitairement marocain". "Je n'enrichis de toutes ces différences : la banlieue, le Maroc, l'homosexualité, la France." Il se dit "pédé" et y prend un malin plaisir, surtout devant ses copains d'enfance avec qui il continue de partager "des moments délicieux". Mais il ne s'est rien dit devant sa mère. A mélangé douceur et fermeté : "Je vis avec un garçon. Je dors sans son lit, c'est mon copain et il va venir." Et il est venu. "Ils se sont très bien entendus." Sa mère qui a frémi en apprenant que le scénario d'Hicham parlerait des Harkis. Lesquels côtoieraient un pédé, un trans, des Bretons. "L'identité qu'on recherche et l'identité qu'on refuse" tout à la fois. Là non plus, aucune nostalgie. Ou alors si chez Hicham elle existe, elle s'impatiente des expériences éblouissantes à venir.
Jean-Baptiste Coursaud. Sub Magazine
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