kelma la communaute des beurs gays et des blacks gays></td>
                      <td width=
documents gays religion et spiritualité

 

Les Documents Ethniks et Gays

RACHID O : Rencontre avec Rachid O à la Librairie " les Mots à la Bouche "
Rachid O présente son troisième ouvrage, "Chocolat chaud".C'est la première fois qu'il rencontre ses lecteurs.
Découvrez l'intégralité de cet l'interview .


Rencontre avec Rachid O à la Librairie " les Mots à la Bouche "

Rencontre animée par Michel Daureil

 

Je remercie à nouveau la librairie les Mots à la Bouche pour son accueil, surtout pour l’accueil de Rachid O. qui est avec nous aujourd’hui à l’initiative de Kelma et Fouad Zeraoui que certainement la plupart d’entre vous connaissent, il n’est pas ici parce que tout simplement ailleurs pour des raisons professionnelles. J’aurai le plaisir d’animer cette rencontre.

Voilà, Rachid O présente aujourd’hui son troisième ouvrage, "Chocolat chaud", troisième ouvrage, mais premier roman. C’est lui qui le dit, pour ne rien trahir de la rencontre que nous avons eue hier pour préparer cette rencontre d’aujourd’hui, premier roman par le fait qu’il a le sentiment que là que pour la première fois, il fait beaucoup plus appel à son imaginaire qu’à ses souvenirs, ce qui était le cas dans ses deux premiers ouvrages. C’est un roman dont qui est publié chez Gallimard. Préparer une rencontre comme ça, c’est aussi dire des choses un peu personnelles. Moi j’avais lu "L’Enfant ébloui" quand il est sorti il y a quatre ans. J’avais été tout à fait ébloui par ce travail. Je m’étais demandé à l’époque, je l’ai dit hier à Rachid O., comment ça se faisait que Sollers s’intéressait à ce type de travail, peut-être que c’est une des questions qui lui sera posée tout à l’heure, et j’avais ensuite..., j’ai beaucoup prêté ce livre, et j’ai retrouvé Rachid O. chez Laure Adler, fragile et tout ému devant cette dame assez impressionnante quand même et...voilà, c’est un moment rare de télévision; c’est vrai qu’on a toujours l’habitude de voir des gens très sûrs d’eux. Et à pour le coup, c’était pas ça, c’était bien.

C’est la première fois qu’il rencontre ses lecteurs. C’est un moment important pour lui. Peut-être qu’on va lui demander de s’asseoir devant, ce sera un peu comme la veillée autrefois, et j’ai préparé un certain nombre de question au cas où vous seriez vous-même secs pour cette rencontre

Alors, on a pensé, pour commencer, ce qui serait peut-être bien, c’est que Rachid nous lise un extrait, deux extraits en fait, de son dernier livre, non, un seul extrait de son dernier livre et puis après ça sera la parole à lui.

Tu veux le livre ?

RACHID O

En fait, je lirai après.

D’accord.

RACHID O.

Je ne suis pas habitué au public. Je ne sais pas quoi commencer, mais ...

(intervention inaudible)

Rachid O

C’est un peu particulier ce que vous avez dit chez moi, c’est une façon d’écrire, c’est une façon de voir le monde, je n’ai pas eu un rapport à l’écriture direct, mais d’abord à la langue, en fait à la France. A travers mes ... à travers la France, à travers des rencontres, à travers mes voyages. Ensuite j’ai grandi, je suis venu à l’écriture en faisant d’abord des petits exercices ???, deux recueils de nouvelles autobiographiques qui ne retracent pas toute ma vie mais des étapes. Ensuite j’ai publié "Chocolat chaud" qui était un premier roman et mon premier livre, donc, d’une certaine manière.

Je suis né au Maroc et la langue que j’affrontais n’est pas ma langue maternelle. Je l’ai choisie parce qu’elle m’a paru le mieux convenir à ce que je voulais raconter. Je pense qu’il y a un exotisme dans le fait de raconter des histoires arabes à des Français à qui elles sont à priori étrangères. Rien de péjoratif pour moi là-dessus. Si ce n’est que c’est une accumulation de différences enrichissantes. Le français, la France est un détonateur puissant pour mon écriture qui m’a aidé à étaler des choses. ? J’ai un peu de mal des fois, il faut être patient, il faut attendre.

J’avais pas cette ambition d’écrire au départ. J’ai eu d’autres ambitions un peu plus extravagantes que celle d’écrire. J’écris, pas pour une thérapie, mais parce que pour moi, c’est un plaisir d’écrire. Je sais pas ce que c’est que d’écrire, mais je sais ce que c’est que de raconter une histoire. Ca vient du fait d’être arabe, de vivre dans un pays traditionnel, dans l’oralité, dans le conte. Le fait d’écrire des histoires arabes, parce que j’ai l’impression..., j’ai compris quelque chose, peut-être que je me trompe. J’ai compris quelque chose chez les Français, ce qui les surprenait chez moi. Les limites de mon Occident, le fait d’être attiré par l’Occident, même si c’est loin d’être le rapprochement, et loin d’être le paradis. Ce que j’avais écrit, ce que j’écris, accédait à un statut d’événement. Et du coup, c’est un événement pour moi aussi. "Chocolat chaud", j’ai commencé à l’écrire d’une autre façon, je me suis un peu éloigné de "l’Enfant ébloui et ??? mais tout en restant dans la même logique. Je voulais y faire vivre une sorte de langage écrit, une langue écrite et parlée. Je ne m’attache pas à rendre exactement dans la littérature la langue parlée, avec les conventions du genre. Ce que je veux dans mon écriture, c’est de retrouver le mouvement de la conversation, le temps du conteur, la capacité qu’il a à faire vivre des faits divers de la vie quotidienne pour la valeur presque magique d’une aventure. Quand j’étais en France, j’étais attiré par la France, je n’étais pas seulement chez moi, peut-être mon rêve était un peu plus différent que celui de mes camarades. J’ai grandi, la France était avec moi, pour moi, à travers la télévision. A travers mes parents, à travers des gens plus âgés, à travers une autre génération. Avec toutes les complications qui existent entre le Maroc et la France ou le Maghreb. J’ai ensuite... rêvé, puis je me suis éloigné, je suis allé vers des gens qui avaient le même..., la même fascination, le même rêve, parce que je pense que l’Occident et l’Europe est un horizon tentant pour n’importe quel arabe. Et particulièrement maghrébin, ce qu’on appelle le mythe. Dans la langue, et dans sa culture.

Rachid O

Je ne sais pas, posez des questions, on verra bien.

question inaudible

Rachid O

Non j’ai pas dit plus, mais j’ai dit la différence. Je disais que l’Occident, enfin la France, parce que c’est un pays étranger dans le mien. C’aurait été la Hollande, c’est la France. C’est un horizon tentant. J’ai côtoyé des gens qui avaient un rêve : venir ici. J’ai un rêve, c’est pas celui d’un train??, c’est pas celui d’un riche, c’est pas celui d’un immigré, mais d’un jeune homme qui avait envie de se perdre en Europe. La France.

Quand tu dis que la France est exotique, cela me surprend un petit peu, moi je suis moitié marocain, donc je suis un petit peu mal placé pour en parler, mais t’as quand même l’air d’être très à même de comprendre les mécanismes des Français, tout ce qui sépare les Français des Marocains, t’as pas l’air complètement perdu dans ??? des Français parce que ????

Rachid O

J’avais compris quelque chose qui surprenait les Français chez moi. Mes limites. Je ne crois pas, j’ai acquis une familiarité avec la France, avec la langue, mais je crois qu’elle est loin d’être totale. Je ne veux pas m’approcher totalement d’une vraie écriture. Quand je suis venu la première fois à Paris, rien ne m’avait étonné. Il y avait un étonnement, mais il n’était pas frappant. Je me suis confondu dans la foule, j’ai voulu être un homme dans la foule à Paris. C’est pas ça dont je rêvais. Ce que je rêvais, c’est que j’étais encore au Maroc. C’est d’une certaine manière, "Chocolat chaud". Pour moi, il n’est pas facilement trouvable à Paris. Il est peut-être en province, dans ce qu’on appelle une vraie France. Je ne sais pas si j’ai acquis ça, si je comprends très bien les Français, mais il me semble que parfois j’échappe aux Français. Il y a des choses qui les dérangent chez moi, et moi je suis aussi sensible à certaines choses. J’aimerais que ça continue comme ça. J’aimerais leur échapper et j’aimerais qu’ils m’échappent.

Est-ce que tu envisages d’écrire en arabe ?

Rachid O.

J’ai fait des études d’arabe. Je ne sais pas, j’ai essayé d’écrire, mais, comme tout le monde, ??? le fait d’écrire en français et d’avoir acquis cette familiarité, l’arabe m’impressionne, c’est une langue impressionnante. Ca vient du fait qu’elle est sacrée, le côté universel du Coran. Je ne suis pas encore prêt à ça. Mais comme j’ai dit tout à l’heure, ce que je raconte, ce n’est pas quelque chose qui est intérieur en moi, c’est quelque chose qui a à voir avec mes rencontres. A voir avec les rencontres que je fais avec des gens d’ici. A voir avec un rêve que je fais ????

question inaudible

Rachid O

Je ne sais pas, je ne peux pas m’en rendre compte. J’ai été choqué par le fait de le voir en vitrine mais choqué en bien. Je ne m’attendais pas à le voir ici... Il se vend au Maroc, mais peut-être pas autant, je ne suis pas aussi connu qu’ici, même si je ne suis pas célèbre, je ne sais pas, je ne m’en rends pas compte. J’ai rencontré des gens qui m’ont aperçu une fois à la télé, des jeunes, il y a eu des rencontres qui m’ont ému, mais ça a une importance aussi, mais c’est une importance très différente de celle que j’ai en France, avec un lecteur marocain, ce qui me fait voir que ce que j’ai écrit n’est pas extravagant, mais quelque chose de concret sans doute.

Je voulais te dire déjà combien j’étais ravi d’être là, c’est à la lecture de tes deux premiers livres et puis le troisième, à la lecture des deux premiers livres, j’ai été fasciné par ton écriture absolument splendide et simple à la fois et c’est un exercice très difficile, je crois. Et j’ai voulu en savoir plus sur toi, je découvre aujourd’hui qui tu es parce que je ne t’ai pas vu dans cette émission diffusée sur Canal plus. Mais en fait, j’ai plein de questions à te poser, je voulais d’abord savoir si tu t’es censuré en écrivant tes ouvrages, s’il y a des choses que tu as délibérément choisi de pas raconter ou est-ce que cette maison d’édition, Gallimard, a souhaité supprimer certains passages qui auraient été par exemple trop chauds ou...

Rachid O

Non, je sais pas, ça se passe bien pour l’instant, il n’y a pas eu de censure, ni de ma part, ni non plus de celle de Gallimard. Ce que j’ai raconté, je l’ai dit tout à l’heure, c’est pas une littérature, c’était..., j’avais envie de raconter des choses. Je ne sais pas, je n’ai peut-être pas répondu précisément à ça, mais c’est des trucs tout simples, nouveaux, je ne me rends pas compte non plus. Ce dont je suis content, c’est quand j’ai reçu des lettres des lecteurs. Pour moi, c’est énorme. J’ai vu le moment où j’attendais des articles - attendre comme un écrivain. C’est très dur à supporter. Et le jour où j’ai commencé à recevoir des lettres, je me suis senti sauvé, d’une certaine manière et j’ai vu le rapport que j’ai installé. Sans le faire exprès. Le rapport entre moi et mon lecteur. Ce côté charnel que j’ai avec le pays et la langue, cette intimité que j’ai installée, qui s’est installée toute seule ??? ils m’ont confié, voilà d’une certaine manière.

Et comment tu expliques cette attirance de beaucoup d’homosexuels et pas que des homosexuels à l’égard de tes ouvrages, et est-ce que tu crois qu’il y a une typologie des gens qui te lisent, qu’il y a un type même de personne ou est-ce que c’est des gens très différents ?

Rachid O.

Non, ??? je reconnais, j’ai reçu très peu de lettres de femmes, par exemple. Trois. Je sais pas. J’ai du mal à expliquer ça. D’autres questions ?

Moi je vais juste faire une petite remarque. J’ai fait lire, montré ce livre à des amis qui étaient hétéro. C’est la première fois que je fais lire à... que je dis à quelqu’un : tiens, une histoire. Parce qu’en général les livres gays, c’est pour moi, je n’en parlais pas. C’est la première fois où je les fais lire à des gens très proches, qui n’étaient pas gays, tes deux premiers ouvrages.

C’est justement ce que je voulais dire - je suis désolé, je suis venu à la fin - (rires) C’est la première fois aussi où j’ai pu donner ce livre en disant : celui-la, il faut le lire, on se connaît pas, c’était la première fois, avec aussi un autre où j’ai retrouvé plein de choses, la façon d’écrire est différente mais ça reste simple aussi, j’ai retrouvé beaucoup de Hammamet dedans. Je suis désolé de faire ce rapprochement ??? mais dans le sens où ??? des choses comme ça où les gens, où ils racontent en fait, tout simplement, comme si c’était un journal quotidien. Il y a des choses comme ça, et quand on le lit en fait ça coule. Tu as dû mettre des mois à écrire ça. Pour nous ça paraît simple, il y a quelqu’un qui me le disait tout à l’heure, c’est simple, ça se lit facilement, mais on se retrouve, même s’il il y a une sorte de Maghreb ou de Maroc on se retrouve plus dans telle phrase, telle phrase, on se retrouve à chaque fois, c’est peut-être parce que aussi... et j’avais envie, en donnant ce livre, j’avoue que j’en ai déjà discuté, je le donne facilement en fait à des gens avec qui je travaille, avec qui je vis, comme si j’avais pas réussi, moi, à écrire mon journal et en disant : tiens, voilà : comprends. Et en fait pour moi c’était beaucoup plus facile et en disant...- les gens savent, connaissent ma vie, hein - et en disant, : tiens, voilà, en plus. Et là, enfin, je ne savais même pas que ça existait aujourd’hui, je suis passé par hasard, il y en a un que je n’ai pas encore lu et... j’attendais ça.

(rires)

Par contre une autre chose qui n’est pas une question non plus, ça doit faire bizarre quand même , je tenais à le dire aussi, ??? mais le fait d’avoir dit qu’on se retrouvait un peu dans chaque phrase, c’est peut-être aussi pour rassurer celui qui est assis sur la chaise en se disant : mon vieux, j’ai écrit une partie de mon histoire et ils sont là en train de me regarder et moi je connais rien d’eux et eux ils connaissent tout de moi, en se disant : je les connais aussi ??? J’espère t’avoir rassuré.

Question purement matérielle en fait : ??? est sorti en Folio et pas "l’Enfant ébloui" ?

Rachid O.

Je me suis posé la même question mais je crois que "l’Enfant ébloui" se vendait encore normalement. ???? peut-être qu’il plaît moins et pour le relancer en poche, je crois

Ils ont réimprimé, Gallimard, en collection blanche.

Rachid O.

Tant mieux pour moi

D’autres questions

Ce n’est pas une question, mais je serai certainement la quatrième femme à écrire . Moi je n’ai pas encore lu mais je viens parce que mes copains m’ont dit que c’était génial, alors je viens, je n’ai pas encore eu le temps de l’acheter. Comme j’ai l’habitude d’écrire aux auteurs qui me plaisent, je pense que je serai la quatrième.

Rachid O

J’attends

Ca ne va pas être long

Par rapport aux lectrices, je disais tout à l’heure que j’avais beaucoup offert et prêté ce livre, mais en fait, je ne l’ai prêté qu’à des femmes.

(intervention inaudible de la femme)

Ca m’intéressait justement que mes amies femmes entrent dans un univers où en effet il n’est pas toujours facile de parler, de faire partager. C’était un bon trait d’amitié.

intervention inaudible

Pourquoi ?

Parce que je suis dedans. suite inaudible

C’est difficile à transmettre à des femmes, à des proches.

Ca dépend des amitiés qu’on a.

D’autres personnes souhaiteraient dire quelque chose à Rachid ?

Tout à l’heure, je ne sais pas qui a dit cela ou c’est peut-être toi dans le premier temps où tu as parlé, tu as dit comment au fond tu avais le sentiment d’être quelqu’un de particulier pour les Français, quelqu’un de peu compris ou d’incompris. C’est vrai que c’est la première fois qu’on a un auteur marocain, homosexuel qui au fond casse un certain nombre de stéréotypes, je pense, dans le monde homosexuel, qu’on a du monde arabe Maghreb, des marocains, des... Et tout à coup il y a quelque chose qui est une rupture avec les idées préconçues, des à priori, des images, et je pense que ça, ça a été vraiment, en plus de ton travail d’écriture, un choc.

En le lisant en fait je me suis dit : oh ils sont... - bon moi je suis du Canada - (rires) en fait en le lisant, je ne suis pas du tout Maghreb et je me suis dit : oh ils sont comme nous. Mais en le lisant en France donc ... un Marocain qui vit en France et qui dit qu’ils ne sont pas tellement différents, puis moi je me retrouvais aussi alors je me suis dit : voilà, je suis un brin marocain...

Ca je pense que c’est une vraie surprise, pour plein de gens, d’ailleurs a création de Kelma a été aussi une surprise à cet endroit-là. Les maghrébins, pour parler très crûment pardon, c’est ceux qui baisent, point final. Et tout à coup, il y a des voix qui disent d’autres choses et qui en effet...

Rachid O c’est le premier écrivain maghrébin ouvertement homosexuel, c’est vrai ?

Rachid O

Malheureusement.

Pourquoi tu dis malheureusement ?

Rachid O.

Je ne sais pas, mais c’est toujours formidable qu’il y ait d’autres.

Tu te sens un peu seul ?

Rachid O

Non, je ne m’arrête pas là-dessus, mais c’est vrai que ce serait formidable qu’il y en ait d’autres, d’autres auteurs

intervention inaudible

Rachid O

Je ne sais pas, vous avez l’air de dire que c’est un courage d’écrire, de parler de son homosexualité, mais il me semble que c’est un courage aussi de le cacher. C’est un autre courage de ne pas pouvoir en parler. Pour moi, c’est un autre courage.

Pour un canadien, dire qu’il est homosexuel, c’est pas que ça passe plus facilement, mais ça se noie plus dans le lot de livres. Là, il y a Rachid en tête et il y a tout ce qui va avec, c’est-à-dire, la culture, la religion

Rachid O

Je ne suis pas arrivé directement à écrire et là, tout d’un coup, au même moment où j’ai écrit, mes parents ont appris que j’étais homosexuel Bien avant, je le savais, je suis parti très tôt, j’ai fait un choix de vie, je suis parti, j’avais seize ans, je suis parti vivre avec quelqu’un qui avait quarante ans. Donc mon attirance pour ce pays, pour cette culture, ça a sauvé d’une certaine manière la morale au sein de ma famille. C’est-à-dire que le fait de sortir et d’aller à l’extérieur, d’aller vivre avec un Français et ensuite vivre ??? je crois ???

C’était un véritable bouleversement pour ta famille ?

Rachid O

Non parce que d’abord mon père ne pourra jamais rien me dire parce que il est pas français. J’ai un frère qui a lu mon livre, mes soeurs l’ont lu. On n’en ne m’en parlent pas. Au même titre qu’on n’a jamais parlé de ma vie sexuelle, parce que ce n’est pas là où je les retrouve. Quand j’étais gamin, je retrouvais mon père ailleurs. ??? J’avais une particularité d’être dans ma famille parce que j’étais le dernier, parce qu’on a fait trop attention à moi. Mais même si on m’aime de manière assez ??? je crois, si je n’avais rien fait, si je n’avais pas fait un livre, si j’étais resté avec ma sexualité là-bas, je crois que ça aurait changé le rapport. Ca aurait été peut-être plus difficile pour moi.

Ta signature Rachid O, c’est une initiale, c’est venu comment ?

Rachid O

C’est au début, c’est pas moi. C’est un ami, donc quand j’ai fait "l’Enfant ébloui", je me suis très vite ??? donc c’était trop tard parce que le livre allait être imprimé et j’allais être confronté à. J’ai vu que c’était une surprise ici . donc je me suis dit, mon dieu, qu’est-ce qui va se passer ? donc j’ai un ami qui a trouvé ça et que finalement j’ai trouvé très bien. Mais c’était une façon pour me préserver par rapport au Maroc. pour montrer aussi que je n’avais pas envie de choquer parce que si j’avais envie de choquer j’aurais mis mon nom entièrement. Mais parce que ce n’est pas du tout... je ne fais pas dans le courage, ni dans le conflit.

Mais est-ce que ça choquerait réellement au Maroc ?

Cela choquerait.

Rachid O

Non je crois qu’il y a eu d’autres livres, plus durs, plus choquants, où les Marocains ont été choqués.

Non je crois que c’est pas violent, c’est pas assez violent pour les Marocains, je ne sais pas. Il me semble que ce ne sont pas des livres pervers et puis au Maroc, une fois qu’on est éloigné de la politique, je crois que ça va. Ca tombe bien, c’est pas mon genre, la politique, j’y connais rien. ???

Est-ce que tu connaîtrais une seule personne au Maroc, ou en Algérie, enfin ou autre part au Maghreb qui vive ouvertement son homosexualité dans une acceptation totale par sa famille, ses parents. S’ils le disent véritablement ouvertement, j’ai dit un jour : je suis homosexuel...

Rachid O

Moi je ne connais pas mais le vivre ouvertement, je crois que on le voit.

Oui on le voir mais c’est une chose que de le montrer ou de le laisser entendre et le dire avec les mots. C’est très différent.

Il y a une grande pudeur chez les Marocains

Rachid O

Oui, c’est un pays traditionaliste, la religion, la morale a rendu les choses pudiques. On ne parle pas de son hétérosexualité. Ma soeur n’est jamais rentrée en me disant : tiens, j’ai un programme, ce soir, demain, je ne sais pas, j’ai appris à parler??? Et puis ce n’est pas non plus pour faire ça... Je crois qu’au Maroc - il ne faut pas le cacher - je crois qu’il y a une vie de l’hétérosexualité et puis il y a une vie de l’homosexualité qui est une vie, une sexualité superficielle au Maroc. Pour moi, la vie, la sexualité est superficielle au Maroc. Elle est comme ça. Et elle est ni moins ni plus qu’ici. Moi j’ai été très ému quand je suis arrivé la première fois de voir deux garçons de 25 ans qui se tenaient par la main. Je disais : mais qu’est-ce qui reste à dénoncer. Qu’est-ce qu’on va dénoncer, sur quoi ?. ??? Du même titre qu’on de voir un mec embrasser une nana???

Moi j’avais acheté le premier livre parce que c’était Rachid O???, c’était pour voir comment raconter la vie d’homosexuel mais au fur et à mesure et le second, j’ai pas lu le troisième, mais le second???, en fait c’était au-delà de ce qu’on raconte, c’est la manière dont on raconte, ce qui est intéressant, c’est la manière dont vous racontez des histoires plutôt que l’histoire en elle-même, le rapport que vous créez. Et à la limite dans plusieurs romans, on ne vous interrogera pus comme étant un auteur homosexuel, comme un témoignage homosexuel, mais comme un écrivain qui parle de choses et d’autres ??? mais moi c’est ce qui me touche, l’histoire, le témoignage d’une situation, c’est vrai, c’est important, ça me marque, bien sûr mais ??? dans le livre. Voilà.

Rachid O

J’ai reçu des lettres et les gens ils commencent par dire : c’est la première fois j’écris à un auteur. Parce que j’ai permis ça. Mon écriture permet ça, permet des rencontres. Les gens parlent souvent de mon père et je suis content. Ils parlent en disant que c’est une joie de vivre, ceci cela, que ce n’est pas du tout dans le malheur, mais dans... ???Mais je ne crois pas que c’est de la naïveté. Je crois que sans le faire exprès je désamorce la naïveté. J’essaye de faire des livres joyeux et en tout cas dans "Chocolat chaud", il aurait pu aller plus loin, ne pas terminer juste en se contentant de la boisson du chocolat chaud. De boire finalement. C’est ça dont il rêve. Le garçon aurait pu venir en France, aurait pu mal vivre, être mal reçu. Pour moi, c’est une façon à aussi, parce que si je l’ai arrêté à ce moment-là, c’est parce que il y a quelque chose que pour le narrateur, et aussi qui a à voir avec moi, que j’ignore, quoi. Je suis incapable d’aller plus loin, c’est-à-dire dans l’écriture, dans le rapport que peut avoir le narrateur à Louis, le Français. Plusieurs fois, parce que c’est quelque chose que je vis, une façon de vivre, et dans mes rapports où je me trompe très souvent, de comment aborder l’autre personne, ce qui va lui faire plaisir. J’ai fait ça parce que j’ai commencé aussi avec le père, parce que pour moi, c’est mon père qui a permis??? ce premier livre autobiographique. Quelqu’un de joyeux, même s’il est secondaire, un peu muet, il est toujours dans "Chocolat chaud", je l’ai pris parce que pour moi c’est un départ d’une joie??? Je voulais faire ça parce que c’est une façon aussi de... comment je vis ici, comment je vis dans ma vie, que ce soit ici ou au Maroc, c’est-à-dire que je suis toujours..., de faire un livre aussi joyeux, c’est pour me rassurer moi, c’est quelque chose en moi qui est parfois désagréable pour moi. C’est de glisser dans la vie comme ça, d’éviter là où ça ne va pas, quoi. Quand je rentre dans un bar et que par exemple je demande à mon arrivée un téléphone et qu’on me dit non il n’y a pas de téléphone, j’aurais pu mal prendre, parce que me disant, non il est raciste, mais j’évite ça en disant oui, effectivement, il a pas le téléphone. C’est pour pouvoir rester debout, quoi, pour me tenir debout dans ce pays, quoi. Me dire que j’ai envie de continuer à aimer ce que je vis et voilà.

Rachid, est-ce que tu te poses le même cas de conscience que peut avoir Paul Sny??? quand il dénonce l’idée selon laquelle il pourrait y avoir un filon commercial ?

Rachid O

Je ne sais pas, je ne l’ai pas lu son livre, je ne le connais pas.

Grosso modo, il dénonce ??? qu’il y aurait un filon commercial et que le fait de monter en exergue un jeune écrivain marocain pourrait permettre justement de contrebalancer le racisme ambiant.

Rachid O

Mais il a ????, je crois.

(rires)

On peut quand même dire qu’on n’est pas sûr que Smaïn soit l’auteur d’un combat.

interventions inaudibles

(rires)

Il va y avoir un petit temps de lecture, peut-être ce serait bien que vous vous approchiez un peu.

Rachid O

J’ai choisi au hasard, je ne sais pas, un extrait... Je n’ai jamais fait de lecture, je ne sais pas, je lis mal, et puis je ne lirai pas longtemps parce que ça risque d’être ennuyeux...

Il lit (lecture non transcrite)

Rachid

Voilà, merci d’être venu.


 

 

 

< Retour >

 

 

Design by d.one
Copyright © Kelma