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Homosexualité et sida
Le SIDA et les homosexuels au Maroc.

2001, le SIDA a vingt ans. Pendant qu’on entend parler ailleurs de relâchement de la prévention, de relapse voire de bareback, on peut se poser la question: Quel est l’état des lieux chez nous aujourd’hui? Où en sommes nous au niveau de la prévention? Existe-elle? En avons nous les moyens? Quels sont les enjeux futurs?

Des chiffres officiels sous estimés
Au 31 décembre 2000, le Maroc comptait officiellement 834 cas de SIDA et ce depuis l’apparition du 1er cas au Maroc en 1986.
Un bien maigre chiffre qui de l’avis de tout le monde y compris ceux qui le donnent (la direction de l’épidémiologie du ministère de la santé) est bien en deçà de la réalité de l’épidémie au Maroc.
Les raisons pour cela sont nombreuses.
D’abord il s’agit de cas de SIDA-Maladie et non du nombre de personnes infectées par le VIH (séropositifs). En effet, seul le "SIDA-maladie" est à déclaration obligatoire au Maroc et la séropositivité ne l’est pas (en France la déclaration de la séropositivité est en cours d’instauration).
De plus, la plupart des cas déclarés le sont par les médecins de la santé publique et très peu de médecins libéraux déclarent leurs malades. Ce qui est paradoxal dans un pays ou plus de la moitié de la population se soigne dans le secteur libéral.
Si l’on rajoute à cela le fait que beaucoup de gens dans les villages éloignés n’ont pas accès aux structures de soins. On arrive facilement à expliquer ce faible chiffre.
Cependant il existe des moyens d’estimation des personnes infectées par le VIH. Un système de surveillance sentinelle dans 11 sites régionaux permet d’effectuer des estimations sur la population générale. Ainsi le nombre des séropositif pourrait aujourd’hui être compris entre 8000 et 13000.
Voilà ce qui nous rapproche de la réalité.

Quelle est la proportion des homosexuels dans tout ça?
Toujours selon les sources officielles, le mode de transmission principal au Maroc reste le mode hétérosexuel dans 68 % des cas. Seulement 9 % des cas seraient dûs au mode homosexuel.
Mais là encore les chiffres ne sont pas fiables à 100%. Vu l’homophobie ambiante, quel marocain dirait aujourd’hui à son médecin qu’il est homosexuel?
Loin des polémiques sur les chiffres qui, s’ils restent sous-estimés, ils ont le mérite de montrer la tendance qui est à la hausse, qu’en est-il de la prévention?

La prévention

Le Maroc a réagi relativement vite face à l’épidémie avec la création d’un programme national de lutte contre le SIDA (PNLS). La première ONG de lutte contre le SIDA (ALCS) a vu le jour dès 1988 soit 2 ans après l’apparition du 1er cas, alors que le nombre de malades se comptait sur les doigts d’une main.
Aujourd’hui ces deux structures, sont les seules impliquées dans la prévention, mais seule l’ALCS a réussi à mettre au point des programmes de prévention efficaces.
En effet, le caractère non officiel de l’association lui permet de travailler sur des questions sensibles telles que la prostitution ou l’homosexualité ce que ne peut pas faire le PNLS dont les activités restent relativement timides.

Un programme de prévention unique dans le monde arabo-musulman

Au début des années quatre-vingt dix, inquiète du nombre de transmissions des cas d’infection à VIH à travers les rapports homosexuels, l’ALCS (Association de Lutte Contre le Sida) a entamé un processus d’approche auprès des hommes vivant une sexualité de rencontre avec d’autres hommes.
Ces premiers contacts visaient à mettre en place des actions de sensibilisation et d’information à l’infection à VIH.
Les volontaires de l’ALCS qui étaient chargés de cette tâche se sont heurtés à une difficulté majeure: où et comment entrer en contact avec cette population?
En l’absence de visibilité d’un milieu "gay" à l’image occidentale, disposant de ses propres lieux de rencontre, l’ALCS a décidé d’approcher le milieu de la prostitution masculine qui constitue la face la plus visible du vécu de l’homosexualité au Maroc. Les premiers contacts dans ce milieu, ont révélé que bien que clandestin, le phénomène de la prostitution masculine semble assez répandu.
Cette action considérée comme un projet pilote, puisque la seule à ce jour dans un pays arabo-musulman, a constitué un test positif de faisabilité et d’acceptabilité auprès de la population ciblée. Les volontaires ont eu à se familiariser avec ce milieu, à identifier les sites , les lieux de drague ainsi que des personnes ressources pouvant s’investir dans le projet.
Aujourd’hui, l’ALCS a installé le programme dans quatre villes du royaume: Casablanca, Tanger, Marrakech et Agadir. Les volontaires de l’association assurent des permanences sur les lieux de drague ainsi qu’ au local de l’ALCS, animent des groupes de discussion thématiques et des séances de convivialité, et facilitent l’accès au test de dépistage anonyme et gratuit et aux consultations MST (maladies sexuellement transmissibles). Ils informent, répondent aux questions mais surtout mettent à disposition gratuitement les moyens de prévention à savoir les préservatifs et les gels.
Il est important de noter la grande demande de gels lubrifiants inexistants sur le marché local sauf dans quelques grandes pharmacies et à un prix trop élevé.

La répression policière

Mais les choses ne sont pas aussi simples, et il arrive quelquefois que les intervenants soient pris lors de rafles de police, ils sont parfois embarqués au commissariat pour des contrôles d’identité. Ces incidents peuvent être extrêmement désagréables et sont parfois assez mal vécus par les intervenants. Ces derniers témoignent lors de ces brefs passages au commissariat du traitement infligé aux homosexuels quand ils sont arrêtés: agressions verbales et physiques, humiliations, privation, mépris etc...de la part des policiers mais aussi de la part des autres détenus .
Un autre point important à signaler est le fait que la police considère souvent le préservatif comme une preuve de flagrant délit quand elle les trouve en possession des usagers sur les lieux de drague, ce qui rend le travail de prévention extrêmement difficile. Pour cette raison, même les usagers les plus convaincus refusent d’en prendre en grande quantité, car il leur est plus facile de s’en débarrasser quand ils sont arrêtés.

Des traitements inaccessibles

Comme dans les autres pays à ressources limitées, les nouveaux traitements antirétroviraux restent excessivement chers d’autant plus que seuls 14% des marocain bénéficient d’une assurance maladie! Une trithérapie coûte plus de 6000 DH (4 fois le SMIC) par mois et par personne.
Le Maroc a été le premier pays de la région à introduire ces traitements depuis 1999 grâce à un programme commun entre le gouvernement et le fonds de solidarité thérapeutique international (FSTI). Un fonds créé par J. Chirac et B. Couchner. Une enveloppe de 4 milliards de DH annuels est débloquée par le gouvernement et de 2,4 milliards de FF par la France sur deux ans. Mais aujourd’hui seule une centaine de malades en bénéficient et les listes d’attente dans les services spécialisés sont remplies.
La véritable solution reste la baisse des prix annoncée par l’ONUSIDA et l’industrie pharmaceutique ou encore l’importation de produits génériques beaucoup moins chers que les spécialités.
Le Maroc semble aujourd’hui privilégier la première solution. Il n’est pas question d’importer des copies ce qui pourrait attirer des sanctions économiques que le pays n’est pas prêt à supporter (il n’y a qu’avoir les procès actuels contre le Brésil et l’Afrique du sud), surtout que le nombre de malades ne le justifie pas.

Une lueur d’espoir?

Au moment où nous mettons en ligne, des négociations ont lieu avec l’industrie pharmaceutique, sous l’égide de l’ONUSIDA, pour faire bénéficier le royaume des baisses de prix annoncées l’été dernier avant la conférence de Durban. Si elles aboutissent, les prix pourront être baissés jusqu’à cinq fois moins cher. Ce qui pourrait dire que le Maroc pourra soigner cinq fois plus de malades.
Nous vous tiendrons au courant.

Pour en savoir plus:

le site de l’association de lutte contre le SIDA:
www.alcsmaroc.org
La campagne d’Act Up pour l’accès aux traitements pour tous:
http://www.actupp.org/compare/traitements_maintenant.htm

Signez la pétition de MSF pour l’accès aux antirétroviraux en Afrique du Sud:
http://www.paris.msf.org/msf/Content/News.nsf/html/4UMP7W?OpenDocument

LA SITUATION EN ALGERIE
468 cas de sida en Algérie, selon des estimations officielles
468 cas de sida ont été enregistrés cette année en Algérie qui compte également 997 séropositifs, selon des estimations officielles rendues publiques par le Laboratoire national de référence (LNR).
Les hommes sont les plus touchés, avec 335 cas, dans la tranche d’âge de 20 à 49 ans, selon ces chiffres révélés à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida 2000.
Ces estimations seraient inférieures à la réalité en raison d’un dépistage qui n’est pas systématique, selon des médecins.
Cette maladie, considérée en Algérie comme "honteuse et liée à la débauche", est très peu connue comme l’a montré un sondage réalisé par la Fondation pour la promotion de la santé.
Ce sondage a révélé que plus de 51% de jeunes ne sont pas ou sont très mal informés sur cette maladie et n’en connaissent pas les modes de contamination.
Le sida est rarement évoqué et souvent à mots couverts par la télévision et les grands médias, alors que les imams dans les mosquées ne cessent de le présenter comme une punition divine pour les "fornicateurs", affirmant que la seule parade est l’abstinence.
Aucun spot ne vante les vertus du préservatif à la télévision d’Etat, de peur de choquer, alors que toute publicité est assimilée par les milieux intégristes à une incitation à la débauche.
Les autorités se sont souvent félicitées du faible nombre de cas de sida en Algérie, mais ont exprimé des craintes sur la situation dans le Sahara, notamment à Tamanrasset (2.000 km au sud d’Alger), où de nombreuses prostituées venant de pays africains voisins et porteuses du virus, risquent de propager la maladie.

MAURITANIE
Un donneur de sang sur trois est séropositif
Le programme national de lutte contre le SIDA en Mauritanie (PNLSM) a annoncé samedi qu’un donneur de sang sur trois se présentant à la Banque de sang de l’Hôpital de Nouakchott, était séropositif.
Ce chiffre alarmant, fourni à l’occasion de la journée mondiale contre le sida célébrée vendredi à Nouakchott, n’est toutefois pas significatif de l’ampleur du sida dans l’ensemble de la Mauritanie, où la population séropositive est estimée à 10.000 personnes et le taux de prévalence est de 1% seulement, a affirmé Dr Ould Abdellahi du bureau de l’Onusida à Nouakchott.
Selon lui, la situation se caractérise par une faiblesse des moyens de dépistage dans le pays qui ne dispose que de 4 centres, ajoutant qu’un programme est en cours pour l’installation d’un réseau de laboratoires et de techniciens spécialisés.
L’Afrique subsaharienne, y compris la Mauritanie, compte 3,8 millions de séropositifs, selon la même source.

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