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Coup de Fil piégé:

Le Wali de Casablanca, Le Journal Hebdomadaire et Kelma !

Chaque semaine le Journal Hebdomadaire piège une personnalité marocaine dans une interview au téléphone. Sophia Rami, Attachée de communication de l'association des gays maghrébins en France, Kelma, demande le soutien respectif du Wali de Casablanca Driss Benhima puis de Noureddine Ayouch pour la création d'une section au Maroc.

Le journal Hebdomadaire: Bonjour M. Benhima, je ne vous dérange pas j'espère?

Driss Benhima: C'est qui?

En fait vous ne me connaissez pas. Je m'appelle Sophia Rami. Je suis attachée de communication de l'association Kelma…

M. Benhima interrompt notre préambule préparatoire avant même de connaître l'objet de l'appel pour nous annoncer sur un ton plutôt serein: Ecoutez, je vais vous parler franchement. Je lis tellement de journaux qui envoient de fausses questions par téléphone. Je préfère donc que vous m'envoyiez un fax en y inscrivant ce que vous voulez…

(Manifestement, M. Benhima n'est pas des plus naïfs. Cela dit, nous tentons tout de même de lui faire perdre sa méfiance en simulant l'étonnement). Pardon, je crois que vous n'avez pas compris, c'est une association, non pas un journal M. Benhima !

(Cette fois-ci, il commence à perdre patience. Après tout, il ne faut pas le prendre pour un crédule). Je répète mademoiselle (le ton est cette fois plus ferme). Je lis la presse et je me doute qu'il s'agit là de l'œuvre d'un journal. Ensuite je ne vous connais pas. Au revoir.

Nous songeons à une ultime tentative, mais M. Benhima n'est apparemment pas prêt de se livrer à ce type d'exercices. Il nous raccroche donc au nez aussi sec… Mais sans rancune.

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PS: Durant notre discussion, des bruits de fond nous parvenaient. Nous en avions déduit que M. Benhima était en réunion de travail. Ce qui pourrait expliquer son empressement!!. Après réflexion, nous songeons à une seconde victime. Le choix se porte sur M. Noureddine Ayouch, DG de l'agence de communication Shem's

(Dix minutes après l'échec Benhima). C'est au tour de M. Ayouch. Représentations. (A la différence que nous aurons cette fois le temps de finir notre discours). Je suppose que vous ne connaissez pas l'association Kelma?

Noureddine Ayouch: Non.

En Fait l'association est située en France. Elle regroupe la communauté gay, voire toute la communauté homosexuelle maghrébine résidant en France bien sûr. Nous désirons fonder une section au Maroc. (Nous lui servons ensuite le laïus sur les tabous, les obstacles socioculturels, sur la nécessité de dépasser le silence autour d'une réalité marocaine que l'on ne peut occulter…)

M. Ayouch qui est un homme de communication et qui prendra d'ailleurs soin de nous le rappeler plus tard prend le temps de nous écouter jusqu'au bout avant de répliquer. Notons par ailleurs, que nous avons relevé le même bruit de fond que lors de notre communication téléphonique avec M. Benhima. Il déclare alors sur un ton mi-ironique mi amusé: Et vous travaillez pour quel journal?

(Ce n'était manifestement pas notre jour de chance). M. Benhima aurait-il eu le temps de lui en toucher un mot, et comment? Ou est-ce simplement le hasard. Nous pensons d'abord que la réunion de M. Benhima était celle même de M. Ayouch. Mais nous ferons vite d'écarter cette idée. Pardon, je ne comprends pas?!


Il nous sert comme entrée un "Ecoutez" narquois, avant de se lancer dans un petit laïus didactique:
J'ai découvert qui vous êtes. Il m'arrive de lire votre journal et je connais le principe de cette interview. Je sais tout dès le début. C'est dommage…

Quasi désespérés, nous jouons la carte de l'étonnement sans en être vraiment convaincus. Je crois que vous n'avez pas bien compris. Je vais vous rééxpliquer…

Mais non ma chère, ce n'est pas la peine. Mais si vous voulez mon avis sur cette question de gay. Je peux vous dire que je suis pour la liberté de l'être. Chacun a le droit de faire ce qu'il veut de son corps. Et puis franchement, pourquoi une campagne de com. Je suis un homme de communication, et je peux vous dire qu'une campagne de communication est un symbole vide. Cela ne servira à rien. D'ailleurs pour tout vous dire, je sais qui vous êtes parce que l'information s'est ébruitée.

(Pas la peine d'insister, ça aurait été ridicule). Ebruitée, comment?

(Rires) Et bien! Ebruitée c'est tout. Maintenant il faut que j'y aille. J'étais en réunion et je dois y retourner. Nous en concluons que M. Ayouch était réellement en réunion avec M. Benhima? Comme quoi le BAO (bouche à oreille) n'est pas que l'apanage des fauchés

Propos recueillis par C.B. Paru dans le Journal Hebdomadaire N°60 (Vol 2) du 6 au 12 avril 2002

 

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