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Compte
rendu des Université d'été homo à Marseille
sur l'état des gays au Maghreb

MAROC
Bonsoir
je m'appelle Habib. Je viens d'une association marocaine (ALCS) de lutte
contre le sida. Je tiens à préciser une chose, tout à l'heure, le représentant
d'Amnesty a dit être le représentant de la seule association non homosexuelle
ici présente. Ce qui est quelque peu inexact. Car au Maroc, il n'existe
pas d'association pour les homosexuels. Cependant, l'ALCS a toujours choisi
d'intégrer dans ses programmes de prévention de s'adresser aux homosexuels
et aux prostitués.
Au
Maroc, l'homosexualité, ou plus exactement le fait que les hommes aient
des rapports sexuels entre eux n'a pas de droit de cité, au moins dans
la culture dominante. Ceci constitue non seulement un délit du point de
vue social, mais également au niveau pénal. C'est ainsi qu'une personne
convaincue d'homosexualité risque une peine d'emprisonnement pouvant aller
de 6 mois à 3 ans.
L'homosexualité
ne pouvant être explicitement nommée dans les messages de prévention dominant,
il faut donc emprunter des chemins détournés, nouveaux, et élaborer des
projets spécifiques, adaptés aux besoins de cette population.
Donc
ce projet spécifique, l'ALCS, se définit, et se veut toujours comme un
espace d'écoute, de soutien et de solidarité à la rencontre des personnes
homosexuelles et des prostitués. Et dans ce cas, nous organisons des soirées
de convivialité et des groupes thématiques pour leur permettre de parler
de leur perception de leur propre homosexualité et de leurs problèmes
sociaux. Le contexte aidant, il n'existe pas de communauté gay, organisée,
sur le modèle occidental, une communauté assumant sa différence, sa visibilité
et disposant de ses propres lieux de rencontres. Par ailleurs, les volontaires
de VALCS ont beaucoup de problèmes faute d'autorisation officielle. Parfois,
ils leur arrive même d'être pris dans des rafles avec les prostitués et/ou
les homosexuels. D'autre part, il faut savoir que distribuer des préservatifs,
à nos yeux élément le plus essentiel de la prévention, est souvent très
difficile. Parce que le fait d'en trouver dans les poches d'une personne
soi-disant homosexuelle ou prostituée, est considérée comme une preuve
pour les policiers et de ce fait, les rend susceptibles d'aller en prison.
J. Thébauld : Ca se vend en pharmacie ?
Habib
: Ca se vend en pharmacie, mais il ne faut pas trainer la nuit dans la
ville avec des préservatifs dans la poche. On en distribue difficilement
et en cachette. On distribue des dépliants, des brochures et de temps
en temps du gel parce qu'il n'est pas encore en vente libre. Ainsi, malgré
les problèmes qu'on rencontre et malgré que l'on travaille toujours en
cachette, nous assurons solidarité, prévention et écoute.

ALGERIE
Bonsoir, Kader d'Algérie. Je ne représente aucune association, pour
l'instant. Avant nous étions une petite association (le Groupe d'information
Médico Social) dont l'objectif était d'accueillir les homosexuels, et
qui a coulé aujourd'hui.
L'homosexualité
en Algérie est quelque chose de tabou. C'est quelque chose dont on n'a
pas le droit de parler. C'est quelque chose qu'il ne faut pas dire aux
parents, à ses amis hétéros. C'est impossible de leur dire. L'homosexualité
est un pêché de premier degré. Le dire, c'est risquer d'être exclu. C'est
ce qui m'est arrivé avec des amis lorsqu'ils ont su que j'étais homosexuel.
J.
Thébauld : Donc, il n'y a pas d'associations homosexuelles ?
Kader : Actuellement non. Impossible.
J. Thébauld : Est ce que ça peut être comme au Maroc où il y a
des associations de lutte contre le sida ?
Kader : De lutte contre le sida, oui.
J. Thébauld : Et peut être que c'est par l'intermédiaire de ton
association pourrait-il y avoir des associations homosexuelles ?
Kader : je sais que c'est impossible, parce que la majorité des
membres sont hétéros. Et si ceux-ci savent qu'il y a des membres homosexuels,
ils partiraient. Je voudrais aussi parler de l'homosexualité concernant
le service national. Etant reconnue comme une maladie, les homosexuels
en sont dispensé.
J. Thébauld : Ils sont dispensés, sont-ils punis ? Y a t'il quelque
chose qui fasse office ?
Kader : Non, jusqu'à présent je n'en ai jamais entendu parlé, sauf
en plein service national. Ainsi, si par exemple quelqu'un ne déclare
pas au début qu'il est homosexuel et que par la suite, il est pris sur
le fait, il risque une peine de prison d'un mois, ou deux. Enfin quelque
chose comme ça.
Des
gays et lesbiennes d'origine maghrébine et franco/maghrébine
Si
vous voulez vous montrez, et bien vous pouvez venir à nos côtés. Il n'y
a pas de problèmes Nous avons des activités, surtout de soutien, comme
des groupes de paroles, des permanences téléphoniques hebdomadaires, et
une permanence HIV/médicale (je suis dans le domaine médical) mensuelle.
Nous avons aussi des activités beaucoup plus conviviales, plus festives.
Et un bulletin (Amalgame) qui parle de la vie de l'association. (AMAL
n'existe plus, ndlr) Alors, pourquoi Amal ? Tout d'abord A mai signifie
l'espoir en arabe. Nous aurions aimé trouver aussi un nom en berbère,
sachant qu'il y a de nombreux berbères parmi nous. Mais il y a également
des gens originaires du Maroc, de Tunisie et beaucoup d'Algérie (à peu
près 80%). Actuellement, outre Paris, Amal est aussi implantée à Lille.
J'ai d'ailleurs vu qu'il y avait à côté un garçon de Lille. Il y a aussi
une antenne lesbienne, à Toulouse, crée après la GayPride de Paris. Matériellement
un peu coincé, nous aimerions quand même faire un travail en direction
de la banlieue. Sachant que beaucoup de filles et de garçons sont venu
nous dire combien il y est difficile pour eux de vivre au quotidien leur
homosexualité, comme il est difficile d'en parler à ses parents (c'est
même impensable). Même à ses amis, c'est difficile. Par ailleurs, nous
voudrions beaucoup travailler au niveau de la prévention HIV, et à partir
de septembre prochain, en collaboration avec le CRIPS, et fort de notre
identité, de notre savoir culturel, nous allons essayer de pénétrer cette
population gay et lesbienne de banlieue. Autre point important : Amal
ne se limite pas qu'à Paris, la banlieue et la province. Nous recevons
aussi du courrier d'Algérie, du Maroc et de Tunisie. Et c'est peut être
pour nous l'aspect le plus important. Car lorsque l'on est en France,
on profite d'une certaine liberté. Et les témoignages que nous recevons,
tous bouleversants, montre une solitude extrême. Ceux qui nous écrivent
attendent tellement que l'on puisse les aider. Amal peut être le lien
entre l'Europe, la France et l'autre rive. C'est à dire le Maghreb.
D'autre
part, je voudrais dire que l'on travaille beaucoup avec d'autres associations,
notamment avec Beth Averim (association juive). Symboliquement, nous avons
fait ensemble quelques fêtes, histoires de montrer que malgré nos différences,
nous sommes proches, du fait de notre identité sexuelle. C'est ainsi que
nous avons organisé l'année dernière la soirée "Shalom-Shalom". Même si
nous avons eu pas mal de problèmes, dans le sens où nous avons eu plusieurs
commentaires de la part de certains de nos membres. Malgré tout, en septembre/octobre
nous allons certainement recommencer. Et si vous êtes à Paris, vous êtes
cordialement invités. Nous travaillons aussi avec d'autres associations
identitaires (afro-antillaise par exemple), et l'on s'occupe d'un festival
de films identitaires. Je voudrais aussi parler d'une chose qui me tiens
vraiment à coeur. C'est le problème des algériens qui arrivent en France.
Ce n'est vraiment pas facile de vivre son homosexualité en Algérie, au
Maroc, en Tunisie. Si je n'ai pas vraiment vécu là-bas, j'y ai passé toutes
mes vacances. et donc je connais assez bien le problème. Tous les algériens
qui arrivent en France sont un peu perdus. Je pourrais vous citer bien
des cas. Je pourrais témoigner combien ils sont dans une détresse importante.
Ils arrivent, souvent sans papiers, parfois mal structurés mentalement,
parce que persécutés. Persécutés par le FIS, par les intégristes. Ce ne
sont pas seulement les villages ou les gens qui sont persécutés, mais
aussi les gays, les lesbiennes. Et on n'en parle pas parce que dans la
culture musulmane, l'homosexualité est tabou. Et actuellement il y a des
garçons qui sont à Paris, sans ressources, complètement abandonnés. Leur
seul recours est de se retrouver dans le circuit de la prostitution. Je
voudrais que l'on puisse faire quelque chose. J'ignore comment, mais c'est
important qu'Amal mette le doigt sur ce problème. Je ne sais pas si vous
avez lu l'article dans TETU (N° 35, juin 99) l'article " Les soeurs du
boulevard NEY ", qui malgré elles font le trottoir. Et cela m'est difficile
à dire, pourtant c'est la triste réalité, il y a en plus des maghrébins
qui les persécutent. Nous essayons de les aider, de les soutenir. Je terminerai
en parlant des filles. Nous les garçons, on peut toujours partir. Le garçon
comme vous le savez est roi dans la société, dans la famille musulmane.
Alors que pour les filles, c'est très difficile. Considérées comme les
génitrices, elles doivent enfanter, assurer la continuité de l'espèce.
Une fille lesbienne, au sein d'une famille musulmane, est ressentie comme
une calamité. Je voudrais citer le cas d'une fille, complètement perdue,
membre de l'association, qui a découvert son homosexualité. Elle est en
dépression depuis 4 mois parce que son frère ne veut plus lui adresser
la parole. Pour lui, l'homosexualité est un pêché. Cet exemple montre
que pour nous, gay ou lesbienne, il est impensable d'afficher notre homosexualité.
Car cela signifie être complètement rejeté de la cellule familiale, de
perdre ses repères. Quand ils arrivent à l'association, on leur dit "
bon vous êtes là, on vous soutient. On peut vous aider " mais jamais on
leur dit " partez de chez vous, faites une rupture totale " car cela signifie
pour eux une fracture, une perte de leur identité.
Voilà, je pense que j'ai dit à peu prés tout ce que j'avais à dire. Mais
bon, je pourrais vous donner d'autres témoignages au cours du débat, par
la suite. Merci.
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J.
Thébauld : je crois qu'après avoir entendu les différents témoignages
des personnes ici présentes, on peut constater qu'il y a en fait deux
niveaux d'homophobie. Enfin deux niveaux de compréhension des lois réprimant
l'homosexualité. Il y a des pays où l'homosexualité est encore réprimée
par la loi, et des pays où elle est décriminalisée. Ce qui entraîne des
différences dans la façon d'y vivre son homosexualité. J'ignore si c'est
facile de construire un débat équilibré avec des témoignages aussi différents.
je crois que les questions vont arriver plutôt de façon diffuse et chacun
va y répondre à sa façon. Par ailleurs, je me demandais si les lois étaient
appliquées en Roumanie, en Algérie et au Maroc. Avons-nous connaissance
de personnes qui sont emprisonnées sous le coup de ces lois ? Si oui,
pouvons-nous intervenir, pouvons-nous faire quelque chose ? Est-il possible
d'avoir des informations, de savoir si des procès sont en cours et comment
y assister ?
J.
Thébauld : Habib, peux tu dire quelque chose sur le Maroc ? Habib
: Il y a une chose que je n'ai pas souligné tout à l'heure, ce sont les
conditions d'emprisonnement des homosexuels. Ils sont traités différemment,
de façon lamentable, parce que considérés comme inférieurs. D'abord, ils
sont mis dans un pavillon à part, avec des lits sans sommiers. Des témoignages
de personnes qui ont fait de la prison, affirment que certains sont violés
par les gardiens, que les détenus hétéros donnent de l'argent aux gardiens
afin qu'ils soient transférés avec eux pour être violentés, violés.
J.
Thébauld : Merci. On se demandait si l'on pouvait avoir des informations
sur ceux qui sont détenus dans les pays ou l'homosexualité est encore
réprimée. On peut conclure en disant qu'il y a encore du chemin à faire,
et qu'il faut nous organiser entre gays du Nord et du Sud, faire passer
l'info, pour faire bouger les choses. Je vous remercie tous.
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