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DROITS DES GAYS ET LESBIENNES AU MAGHREB :

UNE CAUSE POUR TAHAR BEN JELLOUN?!

D
ésormais les déboires de l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun n’en finissent pas. En septembre dernier, le prix Goncourt 1987 s’est fait reprocher d’exploiter une jeune femme, ramenée du Maroc l’automne 1999 pour s’occuper de ses quatre enfants et des affaires ménagères. La “bonne”, employée par le couple Ben Jelloun dans “l’illégalité”, était chichement payée. Un mandat mensuel de 2.000 DH (1.350FF) était envoyé à sa sœur restée au Maroc tandis qu’elle même n’avait le droit qu’à “de l’argent de poche” et, d’après les propos de l’écrivain rapportés par Libération, à une “carte téléphonique pour appeler sa famille”.

Au printemps dernier, après avoir quitté le domicile de son employeur, la jeune femme prend contact avec le Comité contre l’esclavage moderne.
L’affaire fut réglée “à l’amiable” mi-juillet quand cette dernière accepta de retourner au Maroc, après que l’auteur du “racisme expliqué à ma fille” lui ait versé un peu plus de 10.000 FF “pour solde de tout compte”, elle lui adressa même un “mot de remerciement sous aucune contrainte”.

C’était le prix pour qu’elle la ferme!

Aujourd’hui c’est TBJ qui est prié de se la boucler ou plutôt de retenir sa plume.
Dès l’annonce, au mois de septembre dernier, de la publication de son nouveau roman “Cette aveuglante absence de lumière” (1) , un roman inspiré du bagne de Tazmamart, ce mouroir de l’Atlas ou furent jetés quelques 58 militaires accusés de complot contre le roi Hassan II, certains rescapés du bagne et une poignée de militants des droits de l’homme au Maroc ont reproché à l’écrivain de vouloir récupérer l’histoire de Tazmamart alors qu’il était resté silencieux pendant les années noires du Royaume. Certes l’histoire n’appartient à personne et n’importe qui est libre de se l’approprier. Seulement TBJ n’est pas n’importe qui.

Lui qui a dénoncé la condition d’immigré et le racisme en France, les tueries en Algérie, la guerre en Tchétchénie, la tenue d’un sommet panafricain en juin 1994 en plein génocide au Rwanda... Lui qui, en 1999, précisait sa position “d’écrivain impliqué”: “Je m’implique dans des combats et des valeurs – la justice, la liberté, la dignité – qui sont ceux de tout intellectuel qui se respecte. Cela me paraît même être un devoir (...). En tout cas, c’est ma raison d’être littéraire”. Lui qui, en 1992 en parlant de l’écrivain du tiers monde, avait soutenu que celui-ci “sait qu’il est attendu et qu’on lui demandera des comptes. (...) Il doit être non seulement un créateur mais aussi un avocat, une assistante sociale, un justicier, un amuseur, un pédagogue, un confident et un professionnel de la dénonciation”. Le voici épinglé par ses propres propos!

Comment as-t-il pu omettre de dénoncer ce qui se passait dans son propre pays d’origine, le Maroc?
Ben Jelloun avance aujourd’hui: “j’étais comme tous les Marocains, j’avais peur. (...) Je voulais pouvoir rentrer chez moi.”

Tous les marocains n’ont pas eu peur! Dès le début des années 1980, les dénonciations ont commencé à affluer sans que TBJ ne prononce aucun murmure.

Il n’a pas écrit une seule ligne durant les dix-huit années qu’a duré l’horreur.

L’écrivain a expliqué dans une lettre parue en octobre dans le Monde: “Je n’ai écrit ce livre que parce que j’ai été sollicité par des personnes voulant aller au delà du document brut et du témoignage direct”.

Aziz Binebine, l’un des 28 survivants du bagne fut présenté alors comme le témoin commanditaire et initiateur du projet d’édition. Seulement ce dernier, dans une lettre ouverte à Ben Jelloun publiée le 9 janvier dans le quotidien marocain Libération, soutient qu’il aurait été “harcelé” par l’écrivain pour recueillir son récit. Rappelons que TBJ avait avancé pour justifier son intérêt plus que tardif dans cette affaire “Je n’ai écrit que parce que Binebine m’en suppliait”.

Binebine revient également sur les conditions financières de cette collaboration selon lui âprement négociée et déballe les comptes: 800 000 francs français nets d’à–valoir. Ainsi on apprend que Ben Jelloun finit par accepter d’en verser 50% à Binebine après que celui ci ait refusé “l’aumône” d’un 10%.

Il y a deux mois, TBJ en avait également promis une part aux associations marocaines. “On ne peut pas accepter l’argent de ce type”, avaient alors fait savoir des militants indépendants des droits de l’homme, contactés “pour quelque chose de l’ordre de 5%”. De son côté, l’écrivain affirme “qu’aucun chiffre n’a été prononcé. Je ne sais pas encore. Je verrai quand l’argent sera là. Mais c’est le principe qui est intéressant”.

A la question pourquoi ce livre? Le prix Goncourt 1987 finit par répondre à Bernard Pivot dans son émission:«Ce n’est pas un roman sur le bagne. C’est l’histoire d’un personnage enfermé». A Libération, il avoue : «On ne refuse pas un sujet exceptionnel».

Si Tahar Ben Jelloun est en quête de sujets exceptionnels et de causes à défendre, qu’il écrive sur la condition des gays et lesbiennes dans son pays et dans le monde arabe en général. Dans quelques années, nous risquons de lui reprocher à notre tour de n’avoir rien fait! Alors, Monsieur le prix Goncourt, à quand “L’homophobie expliquée à ma fille” ?

(1) : Cette Aveuglante Absence de Lumière
de Tahar Ben Jelloun. (Seuil)

(232 pages, 82 DH – 110 F
)
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