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Vent de panique soufflant sur le " domaine " à Casablanca.
Par Anas B.


Casablanca serait-elle en train de devenir la ville la plus homophobe du Maroc ? " Une campagne policière " comme on en connaît tant, visant à combattre la prostitution et l’homosexualité, a semé une vague de frayeur sur le " domaine " à Casablanca.
La police a particulièrement sévi dans les lieux de drague publics : Parc de la Ligue Arabe (immense back room en plein air, à partir de 21h, que nous ne saurions vous conseiller sauf pour amateurs de sensations fortes et de viol consentant ou non…) Bd Hassan II, Place Mohamed V etc. Quelques 92 personnes ont été condamnées à des peines d’emprisonnement allant de trois à six mois pour " Choudoud Jinsi " –traduisez perversion sexuelle- .
Généralement les vagues d’arrestations touchent plus les milieux de la prostitution, d’ailleurs dans la tête des flics (comme dans celle de la majorité des gens dans nos pays), homosexualité et prostitution ne font qu’un.. Quand la personne est jeune, elle est zamel et se fait payer par des hommes " qui ne seraient pas homosexuels mais qui auraient des préférences pour les jeunes garçons ", quand elle est plus âgée elle est hassas et fréquenterait des jeunes " qui eux non plus ne seraient pas homosexuels mais plutôt frustrés par la séparation des sexes ou ayant des besoins d’argent ". Que ne ferait pas la conscience collective pour être plus en paix avec elle-même ! Les exemples de ce genre d’hypocrisie sociale ne manquent pas dans nos sociétés.
Cependant dans quelques grandes villes, il existe depuis quelques années un embryon de ce que l’on pourrait considérer comme une communauté gay.
Elle n’est certes pas à l’image de ce qu’elle serait en Europe, mais plutôt à l’image de notre société, pleine de contradictions, de déni, d’hypocrisie, mais aussi de plus en plus visible, de plus en plus revendicatrice, de plus en plus militante " osons dire le mot !!!! " Mais peut-on parler de communauté, elle est tellement hétéroclite ! Il existe un mot, sorti d’on ne sait où, pour la définir au Maroc : c’est le " domaine " ! un mot de code entre les personnes concernées, il englobe tout ceux qui de prés ou de loin ont un rapport avec l’homosexualité
(les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes et les femmes qui ont des relations sexuelles avec d’autres femmes !), en dehors de toutes ces considérations, trop occidentales, sur les questions de l’identité sexuelle, ou comment se définirait telle ou telle personne. Au Maroc, en Algérie comme en Tunisie, on parle plus de pratiques sexuelles que d’identité.
Mais revenons à ce qui nous importe le plus, la campagne de police sévissait, mais au début nous pensions tous que c’était une rumeur, et qu’elle était exagérée ; puis on commença à s’inquiéter de la disparition d’un kamal
Certains assurèrent qu’un Younes (tu sais celui qui sort avec Rachid depuis un an !) aurait écopé de six mois de prison pour le simple motif qu’il traversait le parc à minuit. Le grand beau black qui fait un peu la pute au V….est invisible depuis deux semaines ! etc. La confirmation arriva au début du mois de mars, avec un petit entrefilet dans un : importante opération policière pour lutter contre la prostitution et l’homosexualité " cette opération faisait partie d’une campagne plus vaste visant à lutter contre la criminalité (sic!) dans la Wilaya de Casablanca et orchestrée par le tout nouveau préfet de police .
Du coup les endroits réputés "gayfriendly" sont désertés par une population gay, jadis joyeuse, insouciante et insolente
L’ambiance n’est plus du tout à la fête. Ce n’est certes pas la première " campagne " de ce genre au Maroc, ce n’est pas non-plus la plus dramatique, on se rappelle encore avec effroi, au début des années 90 de l’affaire B… , cet homme, homosexuel notoire et membre influent de la communauté israélite marocaine, retrouvé assassiné et dont la lecture de son agenda a provoqué une vague d’arrestations sans précédent, ou encore cette rafle gigantesque à Marrakech suite à un reportage sur l’homosexualité dans cette ville, un peu à la même époque réalisé par Kalima, qui fût le premier magazine indépendant de société au Maroc (et a d’ailleurs payé très cher son indépendance et sa liberté de ton, puisqu’il n’a duré que quelques numéros) seulement nous étions beaucoup à penser que cette ère était définitivement révolue.

Si le Maroc est indéniablement entrain de vivre une grande évolution, si toutes les forces du pays sont conscientes de l’imminence d’une démocratisation, l’ère de la liberté sexuelle encore très loin. Nous vivons dans un pays où –faut-il encore le rappeler ?- toute relation sexuelle en dehors du mariage est interdite (qu’elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle!). En somme, nous devons –comme se plaît à dire mon collègue Karim- organiser une hétéro-pride avant de penser à une éventuelle gay-pride dans nos pays. N’oublions pas que nous n’avons jamais eu de mai 68.
Dans un " important reportage " le quotidien Bayane Al Yaoum, quotidien soit dit en passant représentant le Parti Progressiste Socialiste, titrait : La prostitution, la déviance sexuelle (homosexualité), ce virus oublié. En chapeau on pouvait lire : (…)Casablanca, le cœur économique du pays est aussi le cœur de la prostitution et de la déviance sexuelle, sur ce fléau, nous nous sommes entretenus avec les responsables du Service des Mœurs de la préfecture de Casa Anfa.
En seconde partie du reportage, une interview d’un haut responsable de la police qui nous explique l’homosexualité : ridicule mais cela ne donne pas très envie de rire.
Selon notre grand spécialiste de la nature humaine il existerait deux sortes d’homosexuels. Les premiers seraient victimes d’une maladie génétique, quant aux seconds le problème reviendrait à une éducation défaillante et à une fréquentation exclusive des femmes pendant une trop longue durée surtout pendant les premières années. Pour les premiers il est vain d’essayer de les corriger (ceci ne leur évite en rien la prison d’ailleurs) pour les seconds poursuit notre responsable plein de générosité, la punition toute seule ne suffit pas, il faudrait traiter au cas par cas et étudier d’une manière profonde le contexte familial de chacun.
Et le responsable d’ajouter que généralement les homosexuels constituent des bandes organisées et commettent des vols et des agressions sur les passants ainsi que sur les hommes qui les fréquentent.
En annexe du reportage, un tableau comparatif du nombre des arrestations pour délit de déviance sexuelle janvier/mars 2000 et 2001. Notez la différence :
2000 2001
Janvier 01 personnes 28 personnes
Février 07 personnes 09 personnes
Mars 05 personnes 51 personnes
Casablanca est-elle devenue pour autant une ville impossible à vivre pour nous ? Certes non ! On s’adapte à tout, on s’organise, on résiste !. Les endroits de rencontres classiques sont momentanément désertés, les cybercafés connaissent par contre une affluence record, il n’y a jamais eu autant de monde sur cybermen le site de cyberdrague préféré des gays marocains et particulièrement des Casablancais.
Les trains en partance pour Marrakech les vendredi soir sont très colorés, les rues, les bars, les boîtes de la ville rouge se trouvent de plus en plus envahis, pendant les week-ends, par des hordes de casablancais en quête de liberté et de tolérance et de quelques beaux Marrakchis.
Anas. B
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