| CES FEMMES QUI AIMENT LES FEMMES | ||
| Le mensuel féminin marocain " LA CITADINE " vient de consacrer dans son numéro du mois de juin un article à lhomosexualité des femmes au Maroc après avoir consacré lannée dernière un dossier à lhomosexualité masculine. Désormais, jamais on na aussi bien parlé de lhomosexualité au Maroc que dans la presse féminine. Les jounalistes hommes ont une belle leçon de tolérance à tirer de leurs consoeurs femmes. Larticle de ce mois-ci est signé Bahaa TRABELSI que nous avions interviewée dans KELMAGHREB de mars à loccasion de la sortie de dernier roman Une vie à trois. |
HOMOSEXUALITE AU MAROC : DIFFICILE A ASSUMER Le regard de lautre nest pas tendre, pour ne pas dire destructurant. Il est vrai quailleurs le problème nest pas tout à fait réglé non plus, mais au moins on peut exister en tant quhomosexuel et asseoir son identité plutôt sereinement. Ici, linterprétation des textes coraniques fait que lon condamne sans appel lhomosexualité masculine. Quand à lhomosexualité féminine, les textes nen font pas clairement mention. Il nen demeure pas moins que, pour la société marocaine, la logique est quun homme épouse une femme pour fonder une famille. La réactionn de la mère de Fatiha, quand elle appris que sa fille avait une relation avec une autre femme, a été de la marier au premier venu. Quand à la mère de Selma , qui est dune autre génération, elle lui a demandé de sauver les apparences et de ne pas safficher en tant quhomosexuelle quand elle se trouve au Maroc. Lune comme lautre pensaient que leur fille " sen sortirait " en intégrant les schémas sociaux classiques, celui du mariage pour lune, celui de la clandestinité pour lautre. ACCEPTER LHOMOSEXUALITE COMME UNE DONNEE SOCIALE INCONTOURNABLE Les homosexuelles nont pas de visibilité sur le plan social. Peut-être parce que dans une société de type patriarcal où lhomme est considéré comme le futur chef de famille et lacteur principal de la marche de la société, il demeure le point de mire. Les filles ne sont pas prises au sérieux. Nabil avoue que deux filles entrain de faire lamour représentent un fantasme pour un hétérosexuel. Mieux, un de ses amis dont la femme a eu une expérience extraconjugale avec une autre femme ne sest même pas senti menacé dans son couple. Par ailleurs, les " filles sont plus discrètes ", affirme Jalil. Confinées pendant des siècles dans les demeures, elles sont effectivement, par la force des choses, plus discrètes. Lhomosexualité féminines a existé de tout temps. Dans le nord du Maroc, à Fès, ou même à Salé, les fêtes familiales, le hammam, ou les après-midi entre amies étaient des espaces propices aux rencontres entre femmes. Certaines liaisons féminines y ont même été chantées. On chochotait quelles étaient des " hakkakates ", mot imagé que lon pourrait traduire par " frotteuses ". Ressenti comme moins péjoratif que " zamel " pour les hommes, " hakkakates " est un mot qui a fait sourire pendant des générations. Lhypocrisie sociale a toujours existé. Elle na fait de cadeau ni aux hommes ni aux femmes. Dès lors quil y différence, il y a peur, jugement de valeur, condamnation, bêtise. Alors, si ailleurs il y a une culture gay, des espaces gays, quen est-il au Maroc ? Pourra-t-on un jour parler de tolérance ? Peut-être serait-il plus judicieux de parler dacceptation dans ce que ce mot implique comme travail sur soi. Accepter lhomosexualité comme une donnée sociale incontournable, cest être honnête avec soi-même et la reconnaître comme faisant partie de nous, de notre environnement, de notre vécu et pourquoi pas ?- de nous-même. |
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