SOMMAIRE
Alger Zeralda les amours expresses | Crime au parfum islamiste à Tanger | Deux amantes vues de dos, par Rehab Rabat |
Rencontre Livres : Notre amie Bahaa | Ali l’envoutant par Karim Nasseri | Le billet de Tarik

Par Karim Nasseri

1981 ! Année fatale et décisive dans ma petite vie de treize ans. Je venais d’avoir mon menu certificat de l’école primaire et l’accord du Dictateur mon père pour aller à Oujda, ville laide d’un million d’habitants, pour continuer mes études.

Le père coléreux venait de se faire trouer la fesse gauche par une balle tirée, avec précision et haine, par un soldat algérien surnommé le chaoui-chasseur des marocains.
Ma mère venait d’accoucher d’une adorable petite fille que j’avais prénommée Souâd. La chanceuse. Mon grand-père venait d’acquérir trois cents hectares de terre fertile à un prix modique. Il les avait achetés à un juif fassi qui, comme la plupart de ses frères, avait préféré aller s’aventurer en Palestine meurtrie.

Mon frère Kader venait de se faire mordre sur la joue droite, par un chien galeux.
Ma grand-mère venait de faire divorcer Khadija de mon oncle Tahar parce qu’elle avait toujours estimé que sa bru était trop belle pour ne pas déshonorer, un jour, notre respectable famille.

L’imam du village et maître de l’école coranique, venait de me faire ses adieux, les larmes aux yeux, la verge dressée et fourrée dans mon cul. Il avait l’habitude de me violer dans la petite medrassa. Sans scrupule aucun ni respect pour l’enceinte sacrée. Il me faisait ses adieux parce qu’il partait pour la Libye où les autorités marocaines lui avaient trouvé un poste de recteur de mosquée.
Le Dictateur mon père fut transféré à l’hôpital de la capitale. Sa fesse gauche avait gangrené et commencé à dégouliner d’un pus jaunâtre.

Chaque fois que j’entendais le Muezzin appeler les fidèles à la prière, je me lavais la figure, les mains et les pieds et avec cérémonie et majesté je me tournais vers la Kaaba et demandais à Dieu le Puissant de soustraire l’âme de mon tortionnaire. Je serais heureux de voir le cadavre de mon père, amaigri et pâle, enveloppé dans un linceul blanc et allongé sur un brancard crasseux des autorités sanitaires de mon pays. Je serais saisi d’une joie sans fin de voir le nouvel imam, hadj Thami, celui qui, au lieu de me violer, préférait que je lui frotte le dos avec un gant en crin et lui coupe les ongles des doigts de pieds ; je serai heureux de le voir, aidé par ses subordonnés, mettre le Dictateur, une fois pour toutes, dans un trou noir et l’ensevelir sous la terre rouge. Mon père me frappait, me torturait et me traitait de mauviette et de bon à rien. Il barrait le chemin de mes pas encore trébuchants. Il me heurtait. Il emplissait de cauchemars, de travaux forcés, de coups et d’injures grossières mes journées et mes nuits longues et insupportables. Sa mort m’aurait délivré. Elle m’aurait soulagé. Une fois enterré, le Dictateur ne pourrait plus me harceler, me battre ni m’interdire de jouer. J’irais avec grand plaisir, pisser sur sa tombe et en arracher les trois plantes qu’aurait plantées ma mère. Je serai libre d’aller saccager le jardin du Caïd du village, de baiser ses nombreuses chèvres dociles et me baigner, à son insu, dans son immense piscine.

Ma mère ramassa mes quelques vêtements, trois chemises, deux pantalons, quatre caleçons aux couleurs ternes et ma djellaba grise. Elle les enfouit dans un sac en jute qu’elle me tendit. Dans un grand cabas, elle enferma deux grands pains, une douzaine d’oeufs et un coq vivant. C’est pour tes cousins, me dit-elle. Tu verras, ils sont adorables. Ils te considéreront comme leur frère.

Les gens de la ville aiment bien les choses fraîches. Et puis, il faut bien leur faire plaisir ! Ils ne mangent que des aliments chimiques.

J’allais passer l’année scolaire chez mon oncle Hocine. L’internat ne pouvait pas accueillir tous les élèves villageois et campagnards. Aussi fallait-il bien en corrompre le responsable pour avoir un lit pouilleux et des repas nauséabonds.

Mon oncle Hocine nous reçut avec un sourire forcé. Sa femme se porta malade et s’enferma dans sa chambre. Mes cousins, trois filles et deux garçons, me tendirent à peine une main molle. Ils ne daignèrent même pas me regarder. Je ne suis qu’un campagnard qui vient déranger, par mon odeur de fauve, ma tenue vieille et rapiécée et ma vive curiosité leurs habitudes bien ancrées.

Je pressentis que j’avais quitté un enfer pour plonger dans un autre.
Mon oncle me montra une pièce minuscule occupée par un petit lit et une petite table et me dit :
" Si au village vous dormez, par dizaine, sur des nattes ou des tapis usés, ici chacun a sa chambre et son propre lit. C’est ta chambre, tu y feras ce que bon te sembleras, mais il ne faut pas la salir. Tu penseras à laver tes draps et tes couvertures, à frotter le sol et à ne pas consommer trop d’électricité. Il te sera interdit d’aller dans les autres pièces et de monter sur la terrasse. Elle est réservée aux filles. Elles y prennent leurs bains de soleil. Djamila, la bonne, te donnera à manger trois fois par jours. Je ne veux en aucun cas que tu perturbes la vie paisible de ma femme et mes enfants.... "

Mais pourquoi les grandes personnes savent choisir leurs mots ? Pourquoi savent-elles blesser tout en restant souriants et polis ? Pourquoi sont-elles si hypocrites ? Vas-y, mon cher oncle, dis-moi que je n’ai pas le droit de me laver pour ne pas dépenser de l’eau, de réviser mes leçons pour ne pas dépenser du courant, de faire pipi au lit comme je l’ai toujours fait chez moi !
Par Allah de la Kaaba, je pisserai, toutes les nuits, dans ma couche, dans les couches de tes enfants condescendants et même dans la tienne qui sent le camphre et la lavande séchée. Par le prophète de l’Islam, je provoquerai ta femme idiote et cracherai ma haine et mon dégoût sur sa figure ridée comme l’anus de la vieille mule du Dictateur mon père.
Vas-y, cher oncle, récite encore tes interdits. Je suis prêt à coopérer. Je suis habitué à la souffrance et prêt à endurer encore pour le bien de tes enfants.

Dis-moi de prendre mon baluchon et de rentrer dare dare dans ma campagne lointaine pour m’occuper des ânes de mon père et offrir mon cul au Fquih de notre masquée. Il aime trop mon cul, notre imam. Il l’aime parce qu’il le trouve ferme et accueillant....

Ma mère m’accompagna jusqu’au collège. Elle avait peur que je ne trouve pas le chemin tout seul. Elle avait raison, ma mère. Il y avait trop de monde dans les rues. Il y avait des bus, des voitures, des vélos, des motos, des maisons qui se ressemblent et surtout cette odeur suffocante de gasoil et ce bruit assourdissant qui me tournaient la tête et relevaient le coeur. Aïcha la douce ne cessait pas de me répéter :
" Ouvre tes yeux ! Repère bien ton chemin ! Demain, personne ne t’accompagnera ! Je ne veux pas que tu te perdes dans cette maudite ville où les voleurs, les violeurs, les criminels et les policiers grouillent de partout !
Hormis tes professeurs et ton oncle, n’ouvre ton coeur à personne ! "

Faire confiance à ton frère Hocine ? Et quoi encore ? Jamais, jamais cet oncle maniaque, capricieux, ridicule, pointilleux et arrogant qui voudrait m’interdire de me soulager dans mon lit et d’explorer sa grande maison méticuleusement rangée, n’aura ne serait-ce qu’un regard de mes yeux noirs que l’imam, parti pour Tripoli à l’heure qu’il est, qualifiait d’océan trouble et dans lesquels il aimait tant se noyer. Mère, ton frère ne m’aime pas et, au moment propice, je ne manquerai pas de me transformer en vipère pour lui injecter mon venin qui circulera dans ses veines et, tel un tonner, lui éclatera le coeur et ôtera la vie !
Dès mon premier jour au collège, je fus frappé par la beauté et l’élégance de mon professeur d’histoire. Je sentis qu’il deviendrait mon amant. Il me dit, par ses yeux foudroyants et ses lèvres appétissantes, qu’il allait me faire découvrir l’amour et la passion pour le sexe. Que mon Fquih parti à Tripoli apprendre aux jeunes libyens le saint Coran n’était qu’un violeur d’éphèbes innocents.
Je fus gagné par une jubilation et une envie sexuelle qui faillirent m’étouffer. Son corps bâti comme une statue grecque, son visage expressif et ses yeux communicatifs me troublèrent.

Dieu comme tu es clément ! Tu ne fermes une porte que lorsque tu en ouvres dix ! Tu m’as jeté entre les griffes d’un oncle grincheux, mesquin et exigeant, sous les jupes de sa femme laide, feignante mais se prenant pour une princesse tamoule, et entre les pattes de leurs enfants hautains me considérant comme campagnard arriéré. Mais, pour me consoler, je sens que tu vas m’ouvrir les bras virils de mon professeur. Tu vas me jeter, doucement, dans son coeur plein de tendresse, d’affection et l’amour. Tu vas me coucher, délicatement, en son sein chaud. Je t’en remercie mon Dieu ! Je te serais reconnaissant parce que, loin de mon village, je me sentirais perdu et, sans amant, je me sentirais frustré et démuni !
Quand, à la sonnerie de midi, les élèves se précipitèrent vers la sortie, je sentis mon coeur battre la chamade, mes jambes trembler et mes idées s’embrouiller. J’allais, seul, affronter des cohortes d’hommes, de femmes, d’enfants, de bus, de vélos, d’arbres et surtout de rues goudronnées mais parsemées de détritus. J’allais affronter l’oncle mesquin, sa femme paresseuse et ses enfants ignobles.

Aurais-je le droit d’accéder à la salle d’eau pour faire mes petites ablutions puis aller, dans ma chambre ridicule, me prosterner devant Dieu et lui demander, avec une grande sérénité, courage et patience ? J’avais peur que le déjeuner qui serait servi par Lalla Skina, la bonne à tout faire, soit autre chose que la nourriture succulente que préparait Aïcha ma mère et que je mangeais avec grand appétit dans mon village poussiéreux.
Je fis une halte chez Si Tayeb. Un vieux berbère qui vendait des purées de poids chiches et de fèves, des oeufs durs et des jus de fruit à un prix modique. Il avait un grand transistor bleu –panasonique- suspendu par une vulgaire ficelle sur un mur noirci et complètement délabré.
Je dégustais mon sandwich, sirotais mon nectar de pêche et écoutais Om Kalthoum deviser :
Tes yeux m’ont ramené à mes jours révolus
Et m’ont appris à regretter le passé et ses blessures
C’est toi ma vie, toujours étincelante de l’éclat de ta lumière
Ce que j’ai vu avant de te connaître est entièrement perdu
Comment ose-t-on le compter dans ma vie ?
Lalla Skina m’amena un plateau contenant une aubergine farcie, un morceau de pain blanc et un verre d’eau du robinet en me disant : " Ton oncle est en colère. Il ne veut pas que tu arrives en retard ! Fais attention mon petit, il sera capable de te renvoyer dans ton village. Il n’est pas méchant, Si Hocine. Il est juste pointilleux... "

Il n’est pas méchant, Si Hocine. Il est juste pointilleux !

Oh que si Lalla Skina ! Il est méchant, acerbe, démoniaque, diabolique, haineux et hargneux. C’est un perfide, un pervers, un satanique, un vipérin et un venimeux. C’est un égoïste qui n’aime pas qu’on salisse son petit monde bas et mesquin.

Ma purée de poids chiche, servie avec amour et tendresse par Si Tayeb, m’avait suffit. Je ne touchai pas au plateau de Lalla Skina. Qu’elle ramasse sa nourriture faisandée et décomposée qui pourrait m’empoisonner. Qu’elle la mette à la poubelle ou la donne à l’un de ces mendiants qui ne cessent de se lamenter, de gémir devant les portes et d’étaler leurs malheurs sans que personne ne s’en aperçoive !

Mon professeur d’histoire s’appelait Ali. Trente ans à peine. Grand, svelte, les yeux noires et le nez droit et fin. Il adorait sa matière et il l’enseignait avec passion. Il connaissait, par coeur, les Dieux et les Déesses grecs. Il nous citait les rois alaouites, leurs dates de naissance et de morts et même les prénoms de leurs épouses. Il nous citait, avec fierté, les dates glorieuses de l’histoire du Maroc.

Il connaissait les capitales de tous les pays, les noms des présidents, des rois, des dictateurs militaires et civils. Il savait conter les batailles portugo-marocaines. Par ses gestes gracieux, ses sourires chaleureux, ses regards foudroyants, il savait conquérir mon coeur fragile.

Au fil des jours, je sentais qu’Ali aimait me regarder dans les yeux, venir s’agenouiller à ma petite table et y poser son visage radieux pour me parler. Il me demandait le nom de mon village natal, le nom de ma tribut la fonction de mon père et le nombre de mes frères et soeurs. Je sentais qu’il avait perçu mon amertume et mon malaise.

Un jour, quand la cloche sonna et les élèves se ruèrent vers les sorties, mon professeur me retint par la main et me dit : " Je voudrais te parler. N’aie pas peur, rien de grave. " Il attendit que la classe fut vide, m’invita à me rasseoir et continua :
" Idriss, tu es un élève appliqué, studieux et surtout sage. Mais je sens que tu soufres. Ton regard n’est jamais vide. Il est celui de quelqu’un qui a beaucoup vécu et cela malgré ton petit âge. Si je ne me trompe pas, tu portes de lourds fardeaux.

Je suis ton professeur mais ton ami aussi. Ton grand ami. Fais moi confiance, je pourrais, peut-être t’aider... "
Un regard que je prenais pour un salut furtif
Miroitant promesses, engagements, refus et douleurs.
M’aider ? Mon professeur peut m’aider ? Quelle sorte d’aide peut bien apporter un professeur à son élève ?

Ali avança vers moi, prit mes deux petites mains entre les paumes douces des siennes et se mit à les caresser sans piper mot. Je sentis des frissons s’emparer de mon corps et des larmes chaudes couler sur mes joues. J’étais dans un état de joie et de jubilation. Je ne savais pas que j’allais trouver, aussi rapidement et facilement, une personne qui m’offrirait ses ailes pour y enfouir ma petite tête, déverser ma haine et oublier mes souffrances et mes chagrins.

Mon professeur resta figé. Comme intimidé par je ne sais quelle force. Il regrettait peut-être d’avoir provoqué mes larmes. Il voulait que je lui conte ma vie, cette vie qui n’est que supplice et affliction, et voilà que je répandis mes sanglots sur sa figure enivrante. Je soulevai mes yeux mouillés vers les siens et j’aperçus une flamme de désir y pétiller.
N’aie aucune crainte ! Prends-moi dans tes bras. Je ne suis ni farouche ni puceau. L’imam de mon village a eu la gentillesse et le savoir de bien m’initier ! Il me demandait de lui masser les mains et les pieds avant de fourrer sa verge endurcie dans ma bouche chaude. Il m’étendait sur une peau de mouton aux poils doux pour m’embrasser langoureusement, caresser mon corps et me prendre avec frénésie et peut-être avec amour et passion. Il me prenait jusqu’à sentir mes membres s’étourdir et mon âme voler dans les cieux. Il la sentait rejoindre son souffle et fusionner avec lui.

Approche tes lèvres des miennes, aspire ma langue et laisse la s’engloutir dans ta bouche au goût du miel et de la fleur d’oranger ! Sers moi contre ton buste pour que je me noie dans les effluves de ton corps et goûte aux délices de tes yeux noires, de tes bras viriles et de ton sexe suave !

Après lui avoir raconté mes malheurs vécus dans ma famille déchirée, et ceux que j’affrontais chez l’oncle maniaque, Ali serra mes mains plus fort puis il les porta à sa bouche chaude pour les couvrir de baisers.
Malgré la frustration, l’humiliation et les blessures subies par mon oncle dédaigneux, sa femme avachie et ses enfants cotonneux, j’arrivais, grâce à mon professeur et ami, à garder le sourire sur les lèvres et l’espoir dans le coeur. Ali était comme un fin rayon de soleil dans mes nuits sombres. Il était la rosée de mes matins arides et la seule rose rouge dans mon jardin parsemé d’épines venimeuses. Il était comme la colombe voyageuse qui partait le soir et revenait le matin avec de très bonnes nouvelles. Je trouvais en lui le père tendre, la mère affectueuse, le frère prévenant et l’amant doux et caressant.

Je commençais à voir Ali en dehors des heures de classe.
Il me faisait visiter la ville, commentait, avec passion et savoir, ses remparts vieux comme le temps, ses palais somptueux et ses hammams majestueux. Il m’amenait au cinéma, au théâtre et même dans des restaurants.

Le dimanche, jour de repos, Ali s’aventurait jusqu’au quartier où habitait mon oncle Hocine. Il me guettait avec désir et avidité et quand il me voyait, il ne pouvait pas s’empêcher de se jeter, comme un lion, sur moi. J’étais gêné mais heureux. Heureux de sentir son coeur battre contre le mien, ses mains trembler autour de ma taille et son souffle m’envoûter.
Consumés par le feu du désir, nous nous envolions, dans un grand élan, vers son appartement, havre de paix et de méditation. A peine arrivés, il s’emparait de moi pour me faire l’amour comme un Dieu. Il me faisait l’amour plusieurs fois de suite. Jusqu’à épuisement. Il déversait sa semence blanche au goût sucré dans ma bouche et sur mon corps encore imberbe. Il ne m’avait jamais brutalisé. Son corps, ferme et exquis, n’était que douceur et volupté. J’aimais me blottir contre lui. Humer sa chaire imbibée de sueur chaude et savoureuse. J’aimais quand il me serrait contre son buste velu puis me couvrait de baisers. Grâce à son amour et sa passion pour moi, j’arrivais à oublier le village poussiéreux qui m’avait toujours hanté, le père Dictateur qui m’avait toujours torturé et l’oncle mesquin qui voulait anéantir ce qui restait de ma petite vie.

J’étais heureux avec Ali et Ali était heureux avec moi. Il m’offrait son savoir, sa culture, ses bras sécurisants, son sein chaud, son amour et sa tendresse. Et, moi, je lui offrais ma discrétion, ma naïveté, mon innocence et mon corps splendide. Au bout de quelques mois, nous devînmes inséparables. Je n’imaginais pas la vie sans lui et, lui ne pouvait pas vivre sans moi.

Malheur à moi, le naïf ! Je croyais que ma liaison avec lui n’aurait jamais de fin. Malheur à mon destin maudit ! Malheur à ce jour où Ali, les larmes aux yeux, m’annonça sa mutation pour une autre ville du pays.

" Je suis perdu, Idriss, me dit-il ! Je suis égaré ! Tu as su me donner l’espoir et le goût de vivre mais voilà que je me trouve seul et miné. Je ne sais pas quoi faire ! Aide-moi, Idriss, aide-moi à supporter mon destin foudroyant. Aide-moi à mourir ne pas te voir dans les bras d’un autre...

Auprès de qui chercher refuge et qui pourrait me rendre justice ?

Tu es ma joie, ma blessure et la cause de tous mes maux.

Auprès de qui chercher refuge ?... ".

Dieu que tu es cruel ! Tu m’arraches le bien aimé et tu me brise le coeur !

Je te croyais bonté, amour et paix, mais tu n’es que supplice, haine et enfer !

Mon amant, à contre coeur, m’abandonne et moi, sans remords, je te quitte !

Je laissai mon amant sangloter comme une femme ayant perdu son mari et courrai prendre un car pour rejoindre mon village misérable. Je voulais quitter le sol que nous avions frôlé ensemble, l’air que nous avions respiré pendant nos étreintes et nos ébats. Je voulais m’éloigner des visages, des cafés, des arbres, des rues et des mures qui me rappelleraient ma passion pour mon amant déchu.

Tel un oiseau blessé, je courrai enfouir ma tête, alourdie et fatiguée, ne-serait-ce qu’une petite heure, dans les jupes d’Aïcha ma mère.

Karim Nasseri
SOMMAIRE
Alger Zeralda les amours expresses | Crime au parfum islamiste à Tanger | Deux amantes vues de dos, par Rehab Rabat |
Rencontre Livres : Notre amie Bahaa | Ali l’envoutant par Karim Nasseri | Le billet de Tarik