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CHRONIQUES
D'UN COEUR ALGERIEN (1)
Par: Ali Salem d'Alger

Je ne sais pas qu'est ce que j'ai aujourd'hui.
Je ne me sens pas du tout bien. Ca fait un bon moment que je n'ai pas
ressenti ça. Cette lourdeur de la différence. Cette solitude
aussi. Rien ne m'intéresse. Je m'ennuie. J'ai hâte que ce
week-end finisse pour commencer une nouvelle semaine et partir travailler
afin de me noyer dans le bain du boulot et de ne plus réfléchir
à rien.
Au fond, je sais pourquoi je ne suis pas bien,
mais je ne veux pas trop y penser. Hier était une longue journée
pour moi Il y a eu trop d'émotions et de stress. Toute la matinée
je n'ai pensé qu'à lui. Sans arrêt. Qu'est ce qu'il
devient après notre séparation il y a un mois? Qu'est ce
qui fait? Comment est-il devenu ? Est ce qu'il pense à moi ou pas
?
A toutes ces questions, des réponses trop négatives me venaient
à l'esprit. S'il pensait à moi, il m'aurait au moins téléphoné
ou serait venu me voir. C'est toujours moi qui part le voir ou le contacter.
Apparemment c'est la belle vie pour lui. Non, je ne crois pas. Je crois
qu'il m'aime toujours, mais il me fuit car il sait que ce qu'il a fait
n'est pas une chose honorable. Faire tout pour arrêter cette relation
à cause de ses amis hétéros.
Depuis notre rupture un jour de septembre, tombée
comme par hasard à la date anniversaire de notre rencontre, chaque
fois que je le contacte, il me fuit. Chaque fois que j'essaye de connaître
les raisons de son changement de comportement, il trouve toujours des
excuses, ou des promesses de passage pour le lendemain afin de m'expliquer
et qui ne se feront jamais.
Tout ça m'intriguais et m'intrigue
toujours. J'aurais tout donné pour entrer dans sa petite tête
ronde. Savoir ce qui s'y passe! Toutes les théories sont valables
pour moi. Probablement qu'il est revenu à son ex. Surtout qu'il
m'avait annoncé le jour même de notre rupture qu'il allait
le voir, parce que soi-disant, son ex allait quitter le pays et qu'il
voulait le voir avant de partir. Et monsieur n'avait choisi que notre
jour d'anniversaire pour partir. Ce n'était pas urgent, il pouvait
le voir le lendemain, surtout qu'il ne partait que deux semaines plus
tard.
Non, ce serait impossible. Surtout après le sale coup que son ex
lui avait fait. Je connais bien Karim, il ne pourra jamais lui revenir.
Il lui a été infidèle, et Karim ne pardonne jamais
ça. Il est du genre rancunier.
Mais alors ? pourquoi il part le revoir après tout ça ?
En plus comme s'il avait fait exprès, il a choisi cette journée
assez spéciale. Je ne sais pas ? Probablement qu'il en a marre
des relations homosexuelles, et qu'il ne s'assume plus comme gay ? Influencé,
sans doute, par ses fréquentations hétéro et notre
société homophobe machiste, il n'aurait pas pu résister
à toute cette pression?
Non, je ne crois pas. Parce qu'il me la souvent dit. Qu'il avait essayé
plusieurs fois avec des filles et que ça n'a jamais marché.
Que le mariage ne l'intéressait pas, et qu'il ne se marierait jamais.
Ce point
m'avait trop marqué. C'était la première fois que
je rencontrait un gay algérien qui ne veut pas se marier par principe
comme moi. Je me suis juré de ne pas le lâcher.
Alors quoi, il a des remords à propos de la religion ? Non, je
ne crois pas. C'est vrai qu'il est croyant mais non pratiquant, et ça
n'a jamais été un problème pour lui comme pour moi
dans notre relation.
Sans doute c'est à cause de moi ? Probablement je ne lui plais
plus ? Non je ne crois pas, car quatre jours avant notre rupture, on a
fait l'amour ensemble. Il était super excité et assez chaud.
En plus, si je ne lui avait pas plu, il ne serait jamais resté
autant de temps avec moi.
Ce n'est, peut être, pas mon physique mais plutôt mon caractère
qui lui déplait. Il est vrai que je râle souvent quand je
suis énervé, je rabâche trop. J'aime bien quand je
suis énervé, titiller les personnes qui m'entourent et que
j'affectionne. Je sais ça peut paraître bizarre, mais ça
me calme quelque-part. Chaque fois que je lui fait toute une scène
après une dispute, il ne supporte pas ça.
Mais quand même, j'étais super câlin, tendre et attentionné
avec lui. Pendant toute notre relation il ne travaillait pas. C'est moi
qui, la plupart du temps, l'invitais, le bichonnais, le faisais sortir
de son train-train quotidien de chômeur. Je m'enfoutais complètement
de l'argent, l'important pour moi c'était qu'il passe une bonne
journée en ma compagnie, le voir heureux et épanoui avec
moi. C'était le plus beau cadeau qu'il pouvait me donner. Je me
suis donné corps, coeur, argent et âme tout pour lui. Quand
je suis parti en France pour les vacances, j'ai senti son importance dans
ma vie. Sa présence, sa voix, son odeur me manquaient terriblement.
J'avais raccourci mon voyage pour le revoir plus tôt. Je ne m'était
rien acheté, car tout mon plaisir était de le combler de
cadeaux. Je ne pensais plus à moi. C'était la première
fois, que je ne faisait qu'acheter des articles qui ont une taille de
moins que la mienne, en me disant j'espère que ça lui plaira,
avec un sentiment de bonheur interne, en m'imaginant le jour de notre
rencontre et l'imaginant essayer ces habits. Je ne faisais que penser
à lui, jour et nuit durant tout mon séjour. Chaque fois,
je me disais: ah s'il était là, avec moi! Non, je ne crois
pas que c'était mon caractère. J'étais, je pense,
très bien avec lui. Moi-même je m'étonnais parfois,
et lui aussi me l'a avoué. Que j'étais très correct
et attentionné avec lui.
Peut être ne m'aimait-il pas. Etait-il alors faux durant toute notre
relation ? Un profiteur ? Ca m'étonnerais. Il y avait en lui une
sincérité qui se dégageait dans ses propos, qui n'est
pas celle d'un hypocrite, ou d'un acteur. Je n'oublierais jamais le jour
de notre rencontre. Il m'avait vraiment touché par sa spontanéité
et sa gentillesse. Il m'avait emmené dans un coin sur une plage
au coucher du soleil, en me disant que chaque fois qu'il voulait rester
seul, ou faire le vide, il venait là. Ca m'avait touché,
et je me suis dit que celui là était vraiment quelqu'un
de romantique. Un sentimental. Quand il le voulait, il pouvait être
très attentionné, c'est vrai. Souvent il ne voulait pas
trop le montrer, je pense à cause de son caractère un peu
macho. Mais quand il s'y mettait, je peux dire que le résultat
était satisfaisant, car il y avait un mélange d'une innocence
et d'une sincérité incomparable. Je ne penses pas qu'il
ne m'aime pas. Je sais qu'en rompant, chaqu'un tenait à l'autre.
C'est lui qui m'avait fait sa demande pour vivre ensemble; il m'avait
prouvé son amour chaque jour de notre relation, même s'il
ne le disait pas. Ses yeux, son comportement en disaientt beaucoup, et
ça me satisfaisait à chaque fois, même si on veut
bien se faire rassurer parfois en entendant un mot doux de la part de
son compagnon.
Alors pourquoi il y a eu ce changement de comportement, pour aboutir à
la fin à cette rupture? Trop de questions défilaient tous
les jours dans ma tête, sans réponse. Ces questions, le temps
et son silence, pesaient trop lourds dans mon coeur. Ca m'a rendu malade.
Même Réda, mon meilleur ami gay, m'avait fait la remarque,
en me disant que je n'arrivais pas à me détacher de lui.
Logiquement c'est à lui de venir me donner des explications, par
rapport à son changement de comportement les derniers temps précédant
notre rupture. On ne se voyait plus comme avant, seulement au téléphone,
et toujours entourés de ses amis hétéros. Avec à
chaque fois un prétexte différent: aujourd'hui on ne pouvait
pas se voir, car Nabil avait besoin de lui, la veille c'était Tarek
qui devait lui amener des trucs, le lendemain il était encore impossible
de le voir, car cette fois toute la clique c'était donné
rendez-vous au centre ville. Tous les jours une excuse, comme s'il ne
voulait plus me voir. Il me fuyait. Je le dérangeais. J'étais
un poids pour lui. Et ce sentiment me dérangeait encore, car je
me sentais comme si je mendiais, ou que je le suppliais pour le voir,
alors qu'on était censés former un couple.
Je comprend très bien qu'il a ses copains, et qu'il doit les voir.
Mais une heure dans une journée consacré à sa moitié
me semble un minimum. Surtout qu'il ne travaillait pas. Moi aussi j'ai
mon boulot, mes amis... Mais pour lui je me serais isolé du monde.
Ce qui a fait déborder le vase, c'était ces rendez-vous
manqués qu'il me faisait subir à chaque fois, en particulier
à la fin de notre relation. Comme s'il faisait exprès de
m'énerver. A plusieurs reprises il m'a donné rendez-vous
à 9h, un week-end, pour soi-disant le passer ensemble, et monsieur
n'a donné de signe de vie qu'à 18h. Ou encore des projets
qu'il faisait tomber à l'eau, du genre prévoir de passer
une soirée ensemble, pour qu'à la fin il me substitue par
ses amis, en me laissant poireauter sans même pas présenter
des excuses.
Je sais qu'il ne sait pas se faire racheter, ou se rattraper. Il est trop
fier, comme la plupart des algériens; mais quand même dans
un couple, il n y a pas de fierté qui se place entre les deux partenaires.
Je comprend, que lui et moi, nous n'avons pas la même vision des
choses du côté des amitiés hétéro. Pour
ma part, mes amis hétéro, je les vois de temps à
autre. Alors qu'avec les siens ils forment une bande, et se voient presque
tous les jours. Et bien sur chaqu'un s'intéresse à la vie
de l'autre, c'est normal comme réflexe chez eux. Aussi ses amis
le connaissaient plus longtemps que moi, ce sont des amis du lycée.
Mais malgré cela, une petite organisation n'aurait pas fait de
mal. Soit on se verrait ensemble puis il partirait les voir, soit il les
verrait et on se rencontrerait après, ou sinon aujourd'hui je suis
avec lui, demain c'est ses amis.
Je sais que ce n'est pas une vie, de partager son mec avec d'autres, mais
je sais qu'un jour chaqu'un de ses amis va partir. Celui qui part continuer
ses études ailleurs, celui qui va travailler, celui qui se marie
et devient occupé par sa famille... Sauf Karim qui se retrouvera
seul, et là je pense que je l'aurais pour moi toute ma vie. Alors
je me dis que vaut mieux patienter quelque temps, et l'avoir à
la fin toute ma vie, que de perdre patience et le perdre pour toujours.
En plus, tant que ses amis ne sont pas gays, je reste très confiant,
car les règles du jeu, ne sont pas les mêmes dans ce cas.
Tout cela pour dire que j'en avais assez de toutes ces idées qui
passaient par dessus ma tête, et que j'avais envie, de faire tout
pour le coincer et lui parler à l'aise. Je lui ai téléphoné
la hier soir. C'est sa maman qui m'a répondu. J'ai discuté
avec elle, et bien sûr lui n'est jamais à la maison. Il rentre
tard. Toujours scotché avec sa bande. J'ai su qu'il était
un peu grippé, et que le médecin lui avait prescrit un arrêt
de travail de quelques jours (eh oui, le jour même de notre rupture
il avait trouvé un boulot), et malgré sa maladie, ça
ne l'a pas empêché d'aller papoter avec ses amis. En tout
cas j'ai compris de sa mère que le jeudi, je le trouverais à
la maison toute la journée, puisqu'il est en arrêt de travail.
Comme jeudi était ma journée de libre, c'était vraiment
le moment propice de le coincer chez lui.
Et puisqu'il habitait à 40km de moi , il fallait bien programmer
le coup, sinon trop d'effort pour rien.
Déjà à l'idée de le voir, le lendemain, m'excitait
beaucoup. Mon coeur battait fort, trop fort. J'avais bien compris que
je tenais toujours à lui, malgré ce qu'il m'avait fait.
à suivre...
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