Comme chaque année,
à l'approche du Ramadan, on assiste partout au Maghreb à
un retour à la spiritualité et à la piété.
Reprise de la prière, arrêt de la consommation de l'alcool
et fréquentation massive des mosquées. Les gays musulmans
ne sont pas en marge de ce phénomène qui peut sembler
parfois contradictoire pour certains. Alors comment les gays d'origine
musulmane appréhendent-ils ce mois sacré?
J'aime les hommes, et je ne fais pas le ramadan...
Samir (32 ans), fait partie de ces gays qui ont tiré définitivement
une croix sur la religion afin de vivre pleinement leur sexualité.
Il explique: "Il faut revoir le concept de gays musulmans. Ici
tu n'as pas trop le choix. Tu es marocain, donc tu est forcément
musulman. Tu n'as pas à choisir. Les gens, la société,
ont décidé pour toi. Personnellement, je revendique ma
culture musulmane, mais je ne me considère pas comme musulman.
Je ne peux pas suivre une religion qui ne me laisse aucune place pour
exister dans ma différence. Je ne prie pas, je bois de l'alcool,
j'aime les hommes et je ne fais pas le ramadan."
Le cas de Samir, est loin d'être celui de tous les gays marocains.
Il fait partie d'une minorité de gays identitaires, assumant
parfaitement leur homosexualité et ayant surtout les moyens de
le faire. Moyens aussi bien intellectuels que financiers.
Pendant ce mois, tous les
codes sont brouillés...
Kamal (21 ans) lui, voit les choses différemment. "Pendant
le ramadan, j'essaye de ne pas trop sortir. De toutes les façons,
pendant ce mois, tous les codes sont brouillés. Les gens sortent
beaucoup le soir. Ces parcs, jusque-là connus pour être
des endroits de rencontres entre hommes, sont envahis par des hétéros,
des familles qui privilégient les ballades nocturnes pendant
cette période. Brancher un mec pourrait être assez dangeureux
s'il s'avère hétérosexuel. Même les boites
de nuit à connotation gay, changent de clientèle... A
la question si je fais le ramadan je réponds: oui. Je suis musulman
avant d'être homosexuel. Pour le reste, dieu est clément
et miséricordieux, il pourra me pardonner car je suis quelqu'un
de bien." Le pardon divin, c'est ce que certains cherchent pendant
ce mois.
C'est une bonne occasion pour
me purifier...
Yassine (27ans) affirme: " Je profite de ce mois pour me rapprocher
de dieu. J'arrête toutes les relations avec les hommes, j'arrête
de boire de l'alcool 30 jours avant le ramadan. Je prie, je vais à
la mosquée... C'est une bonne occasion pour me purifier."
Purification, pardon divin, les mots sont lâchés. Ceci
reflète le désarroi et la détresse dans lesquels
se trouvent beaucoup de gays maghrébins. L'homosexualité
est considérée comme quelque chose d'impur, de malsain.
Un pêché. Y compris par les gays eux mêmes. On peut
imaginer ensuite la culpabilité qui s'en suit, et puis la quête
d'une rédemption un jour. La rédemption signifie souvent
le mariage. On rentre dans le droit chemin, on épouse une femme
et on fait des enfants, afin d'effacer à jamais la souillure
de quelques années "d'errances de jeunesse".
Le mariage me garantit la
meilleure couverture...
Malheureusement, les choses ne sont pas toujours aussi simples, comme
en témoigne Mohamed 37ans. "Il y a 4 ans ma famille a jugé
bon de me marier... Je me suis dit pourquoi pas? Ils ont tout arrangé
jusqu'au choix de la mariée. Je pensais que c'était l'occasion
ou jamais pour me débarasser enfin de mes tendances homosexuelles.
Après une année de fidélité, j'ai repris
des relations avec d'autres hommes. C'est plus fort que moi. Ceci-dit
cette situation, arrange tout le monde. Mes parents, ma femme dont le
seul rêve dans la vie était de trouver un mari et de fonder
une famille, et moi-même parce ça me garantit la meilleure
couverture contre les qu'on dira-t-on... Jusqu'à quand? Je ne
sais pas, mais je n'ai pas trop envie d'y penser pour l'instant..."
Un mois comme les autres pour certains,
de purification pour les autres, le ramadan reste quand même le
mois où les gays musulmans se rappellent, pour ceux qui des fois
ont tendance à l'oublier, qu'ils vivent dans une société
régie par une religion qui les rejette.
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