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Cheikha Rimitti Humiliée à Alger
Cheikha Rimitti Humiliée à Alger
Article paru dans le quotidien Algérien El Watan le 16/08/01

Après avoir donné un sublime spectacle mardi soir (le 14 août 2001), la grande dame de la chanson raï Cheikha Rimitti s'est envolée hier (15 août 2001), pour Paris alors qu'elle devait animer hier et ce soir(15 et 16 août 2001) à la discothèque Bab Edzira de l'hôtel Hilton deux concerts. Un départ précipité et frustrant pour son public jeune et moins jeune.

Cette exceptionnelle dame qui frise les quatre-vingt ans est repartie avec le coeur gros et l'âme en peine. Cheikha Rimitti a décidé de rompre son contrat moral parce qu'elle n'a pas été gratifiée des honneurs dus à sa stature. En effet, elle a, après vingt-trois ans d'absence de son pays natal (Algérie), décidé de revenir chez elle en gratifiant son public de trois concerts exceptionnels.

La chanteuse qui ne s'était plus produite sur la scène artistique algérienne depuis 1973, était toute contente à son arrivée à Alger mardi matin (14 août 2001). Elle espérait au fond d'elle-même un minimum d'égards et de considération de la part des officiels de notre pays. Elle était pratiquement sûre que ce retour au bercail marquerait de façon définitive sa reconnaissance en tant qu'artiste. Car son style raï " primal " a toujours été qualifié de vulgaire. Cheikha Rimitti est connue pour sa voix rocailleuse et ses paroles tranchant avec le conservatisme. La diva chante, en effet, l'amour cru sans interdiction ni prescription.

Un courage de femme affichant ses sentiments délicats envers la gent masculine. Sur invitation de la boîte de production Rayane, Rimitti a accepté de chanter à Alger.

Elle a donné mardi soir un concert exceptionnel. Durant deux heures et demie elle a tenu en haleine, du haut de ses talons, un public averti qui ne demandait qu'à l'écouter et la découvrir. Sur scène, elle dégageait une énergie impressionnante et un talent exceptionnel que seuls les grands possèdent. Totalement imprégnée de cette ambiance, toute heureuse de se retrouver parmi les siens, elle voulait chanter jusqu'à l'aube. Les responsables lui ont gentiment dit que les techniciens devaient s'en aller. Après avoir passé une bonne soirée et égrené deux ou trois heures de sommeil, elle demande, hier matin( 15 août 2001), aux responsables de l'emmener au cimetière d'El Alia pour se recueillir sur la tombe du président Houari Boumediene.

Après ce symbolique recueillement, elle se rend en compagnie de ses amis dans un restaurant pour déjeuner. Au cours de la discussion, elle demande si les officiels ont daigné chercher après elle. La réponse négative donnée la met dans une colère noire. Alors que la veille, elle s'était déplacée au ministère de la Culture pour s'entretenir avec le ministre. Ce dernier étant absent, elle a eu une conversation avec le secrétaire général. Elle n'arrive pas à comprendre comment des artistes étrangers sont reçus à leur descente d'avion avec tous les honneurs alors que les enfants du pays sont ignorés. Elle rejoint son hôtel et fait ses bagages. Elle est décidée à rentrer chez elle en prenant le premier vol vers la France. Les supplications des uns et des autres ne donneront pas leurs fruits. Elle a effectivement pris, hier (15 août 2001), un vol à 15h30 pour ne plus revenir dans son pays, sans prendre son cachet.

Oui, cette dame au grand coeur a refusé d'encaisser son dû. Ce geste humain prouve, on ne peut mieux, que Cheikha Rimitti est une femme à principes pour qui la dignité n'a pas de prix. Cheikha Rimitti est frileuse avec la presse. Nous l'avons sollicitée à deux reprises pour un entretien. Elle a catégoriquement refusé. Elle nourrit une rancoeur absolue sur la presse étrangère, vu les écrits mensongers et obscènes qui ont été publiés à son sujet. Pour le directeur de Rayane production, M. Bouhrour, "peut-être que le bonheur des gens embête les autres. Nous avons donné un concert sublime au public. Nous aurions aimé que les autorités compétentes la considèrent à sa juste valeur. Il est anormal qu'une telle dame revienne dans son pays dans l'anonymat, alors qu'une chanteuse orientale est reçue au salon d'honneur de notre aéroport. "

En dépit de la bêtise humaine et le lèse-majesté des autorités compétentes, Cheikha Rimitti est et restera un monument et une référence de la musique raï. Ses fans seront, quant à eux, toujours présents pour lui témoigner admiration et reconnaissance. Bref, Cheikha Rimitti aura exprimé son ras-le-bol comme elle l'a déjà fait dans sa célèbre chanson "J'en ai marre, j'en ai marre". Et comme elle dis si bien "Bghit ana sahra" ( moi, je voudrais une soirée au bled ).

N.C

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