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Beurs, homos et fiers, malgré les tabous

Dans la communauté maghrébine, l'homosexualité, si elle est souvent sue, reste tue. A l'image de sa grande sour parisienne, Kelma, l'association Huria cherche à briser ce tabou. Rencontre avec son fondateur, Karim.

"Dans toute ma famille, tout le monde le sait. Mais on n'en parle pas. Comme dans beaucoup de familles maghrébines."

la vie de Karim, 43 ans, chef cuistot à la recherche d'un emploi, ressemble à celle de beaucoup d'homosexuels : d'abord cachée, niée, l'orientation sexuelle se révèle trop forte, jusqu'à faire exploser la cellule familiale qu'il avait crée, femme et enfants. Si la pression sociale en générale y est pour beaucoup, Karim reconnaît que ses origines algériennes ont renforcé l'enfermement dans lequel il a vécu pendant 37 ans.

Aujourd'hui "libéré", président de Huria, association qu'il a fondée avec une poignée d'amis au début de l'été 2000, Karim ne donnera pas son nom. "Pas pour moi, mais pour ma famille; le regard des autres est souvent très méchant". Et s'il a accepté, après une longue réflexion, qu'une photo soit publiée, c'est pour faire un pas de plus.

Les youyous de la liberté

Un pas. Comme, l'an dernier, il s'était affiché, avec ses amis, au milieu de la marche fière phocéenne, tenant une longue banderole arborant, cousu à la mai, le mot "liberté" écrit en arabe. "On avait très peur. Mais quand on a vu, dans le public, les youyous des femmes sur notre passage, on était fiers. C'était un des plus beaux moments de ma vie". Une revanche, aussi, sur un passé pas toujours drôle : "Je m'étais réfugié avec un "colocataire" dans les Alpes. Un peu pour me cacher. Et puis mon père est mort. A demi mots, il m'avait fait comprendre qu'il savait. Huit mois plus tard, ma mère, qui ne supportait pas son absence, le rejoignait. Sur son lit de mort, il m'a posé la bonne question. Puis elle m'a dit de l'embrasser, sur la bouche. A ce moment-là, j'ai compris que, si ma mère m'aimait comme ça, comme j'étais, je pouvais enfin le vivre, l'assumer.".

A presque 40 ans, Karim redevient, de son propre aveu, "un adolescent" : "je découvrais le milieu, j'en parlais vraiment, pour la première fois, avec d'autres homos. Et je découvrais une vraie solidarité". L'envie d'être utile, "de rendre le soutien qu'on m'avait donné", s'est déclenchée lorsqu'il découvre l'association Kelma, qui organise les soirées Black-Blanc-Beur au Folie's Pigalle pour financer des actions de soutien.

La peur de se montrer

"A Marseille, on est loin d'avoir la notoriété que Kelma a acquise au bout de 4 ans de travail. On ne peut pas répondre à tous ceux qui nous sollicitent; les uns veulent des conseils, d'autres pleurent sur notre épaule, certaines situations sont dramatiques. Pour cela, il nous faudrait un local, plus de volontaires. Mais, ici peut-être plus qu'ailleurs, les beurs homos, garçons ou filles, ont peur de se montrer". Se montrer, pour vivre en liberté. "Huria".

B.B. La Marseillaise
Contact HURIA : 06 78 73 70 84

 

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