Un
homosexuel algerien a paris
Article paru dans le monde
Ce ne sont pas les islamistes qui m'ont fait fuir l'Algérie,
mais la société toute entière. Pour nous,
homosexuels, contraints depuis toujours a la clandestinité,
la pire des morts, la pire des guerres, c'est le mépris
ou l'on nous tient. J'ai passé plus de trente-cinq
ans a Alger. Plus de trente-cinq ans, a me taire,a avoir honte
de moi-même. Je ne veux plus de cette mort-la. Je ne
peux plus. Meme si la paix revient demain, je ne retournerai
pas en Algérie.
A la fin des années 80, au moment de l'ouverture démocratique,
nous avions commencé a nous réunir. Nous étions
une dizaine de copains, a nous retrouver dans un café,
a deux pas du boulevard Che guevara, qui longe le front de
mer. Beaucoup de gens venaient draguer à cet endroit,
a tel point qu'on l'avait surnommé le " boulevard
de la queue leu leu."
A l'époque, l'Algérie était en pleine
ébullition. Partout, on créait des partis, on
lancait des journeaux, et des associations. Tout le monde
se mobilisait, pour défendre ses droits. On s'était
dit : pourquoi pas nous? On a fait quelques réunions
et on a commencé a rédiger des textes. Notre
principale revendication, c'était l'abolition des lois
anti-homosexuels, l'arret du fichage policier et de la répréssion.
On voulait avoir le droit de vivre au grand jour. Mais on
ne savait pas comment se présenter. On était
déchiré entre le désir et l'angoisse
de briser le tabou.En Algérie, l'homosexualité
a toujours été un mot interdit. Nous avions
besoin d'une structure qui nous parraine, qui nous protège.
Nous n'osions pas oter trop brutalement le voile. Un peu comme
le mouvement des femmes, dont nous nous sommes toujours sentis
proches, qui n'ont jamais posé la question de la sexualité,
sur la place publique.
(../..)
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