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Né Niar Abdel Moutaleb, rien ne prédestinait Cheb Abdou, jeune aide comptable, à devenir la nouvelle étoile du Raï. En 1997 il s’arrache à cette vie un peu «terne» avec son premier titre «madre madre» qui le propulse à la tête des charts algériens. Abdou chante l’amour sous toute ses formes, et fustige les jalousies, celles qui ont, peut-être, coûté la vie, à Cheb Hasni pour qui Abdou a une admiration sans borne : «Celui qui n’aime pas Hasni, n’aime pas la musique !». Résolument du coté des raï lovers, Abdou n’en oublie pas néanmoins d’être original. Il remet au goût du jour le raï roots des meddahates. Mais le jeune chanteur excelle particulièrement sur scène, et dans les cabarets d’Oran où il donne la mesure de ses talents.
L’atmosphère est déjà chaude lorsque Cheb Abdou arrive sur la petite scène du Divan du monde, vers 2 heures du matin. On commence à s’impatienter. Le DJ a déjà bien chauffé la salle à coup de gros tubes de khaled ou de Mami. Mais le personnage qui va se présenter sur la scène n’a rien à voir avec ces gros calibres du pop-raï. Pas de grand orchestre mais un accompagnement minimal deux claviers et une derbouka (percussions orientales).Le look est plutôt sobre ce soir : sous un costume noir un T-shirt moulant à paillettes. Au bout de 10 minutes, Abdou tombe la veste et le spectacle commence, ondulations frénétiques, déhanchements saccadés d’une féminité entièrement assumée. Il est rejoint sur scène par une quarantenaire frétillante, le chanteur est à son aise. Pendant quasiment deux heures, Abdou va se lâcher.
Cheb Abdou revendique haut et fort l’héritage des maîtres, mais surtout des maîtresses du Raï, les meddahates. Ces cheikhates chantaient des textes parfois impudiques pour la plus grande joie de l’auditoire, accompagnées simplement de percussions, et exclusivement pour un public féminin. Abdou a grandit au milieu des femmes, dans les pattes des cheikhates qu’il suivait dès l’âge de 12 ans dans les fêtes et les mariages. Mais à la différence de certains chanteurs de raï Abdou n’est pas un pilleur il revendique et rend hommage à ces sources, Remitti, Djenia, Rabia...
Abdou était là ce soir en grande partie grâce à Kelma, l’association des beurs gays. Foued Zahraoui, son chef de file entend «œuvrer pour une plus grande visibilité de la communauté gay maghrébine», sans toutefois se laisser aller au communautarisme. Une ouverture qui se résume dans «Blanc Black Beur», le mot d’ordre des soirées organisées par l’association. La condition des gays au Maghreb est étrange. Ne sont considérés comme gays que les passifs les «Ataïs» (littéralement ceux qui donnent). Les relations sont niées et pratiquées à la sauvette. Oran est à ce titre un lieu de liberté à part. Dans les cabarets de la corniche d’Oran, les gays se rencontrent et font la fête jusqu’au petit jour. Ces cabarets qu'Abdou connaît si bien, il s’y est produit en robe de mariée et les écume encore régulièrement. Lorsqu’on demande à Abdou s’il ne s’inquiète pas de la recrudescence de la violence en Algérie, il s’étonne « Tout va bien. il ne faut pas écouter les oiseaux de mauvaise augure, simplement se confier à Dieu ». Un optimisme qu’on voudrait partager mais...